Sonia LeBel a sillonné le pays afin d’écouter ce que les communautés francophones ont à dire.

La réouverture du Québec

ÉDITORIAL / Le Québec a lancé au début de 2019 l’idée d’un Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes.

Un nom pompeux qui pourrait bien ne rien vouloir dire, si l’on se fie à la présente décennie. Depuis le passage de Benoît Pelletier comme ministre responsable de la Francophonie canadienne, il y a eu comme un grand vide d’initiatives et de volonté dans le domaine. La francophonie québécoise et les francophonies canadiennes, aussi diverses qu’il y a de provinces et de territoires, ne se parlaient pas, ou du moins, ne se comprenaient pas.

Arrive Sonia LeBel et la nouvelle équipe de la Coalition avenir Québec. Entre autres responsabilités, elle a hérité de la Francophonie canadienne et chose certaine, elle ne chôme pas. À tous les mois depuis l’été, elle a sillonné le pays afin d’écouter ce que les communautés francophones ont à dire. Car l’objectif de son Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes, prévu pour les 16 et 17 juin 2020, ce n’est pas que de les entendre, c’est aussi de développer « le renouveau de la politique québécoise en matière de francophonie canadienne ».

Cela pourrait être égoïste. Il n’y a aucune obligation pour elle de mener une si large consultation. En fait, la ministre pourrait développer sa politique dans son coin, ou en catimini avec quelques groupes choisis. C’est tout à son honneur qu’elle mène un vaste exercice d’examen des politiques québécoises en matière de francophonie.

« Le Québec est à une croisée des chemins, a-t-elle confié lors d’une rencontre éditoriale avec le quotidien Le Droit. Traditionnellement, les échanges se font autour de la culture et de l’éducation. Nous voulons y ajouter l’économie aussi. »

L’éducation, c’est une évidence. Cela fait des décennies que l’essor des écoles de langue française aux quatre coins du pays a profité de l’essaimage de professeurs du Québec. Cela se poursuivra.

En culture aussi, cela va de soi. Il y a depuis 40 ans plusieurs artistes de la francophonie canadienne qui ont poursuivi de brillantes carrières au Québec avec Angèle Arsenault, Daniel Lavoie, Carmen Campagne, le Groupe Swing, etc. L’inverse commence à peine à se concrétiser, avec les tournées de Mario Jean, notamment, qui sillonne les salles bondées en Ontario, au Manitoba, en Alberta. Mme LeBel veut encourager ces échanges, mais dit ne pas savoir encore comment.

Tous ces exercices ne sont pas vains. « Si nous élargissons l’espace francophone au Canada, a-t-elle poursuivi, nous croyons que cela nous profitera à nous aussi. Nous pensons que cela peut s’organiser autour de voies à deux sens. » 

Deux conditions s’appliquent. La première, c’est l’approche « différenciée » qui fait en sorte que les principes sont les mêmes partout, mais que leur administration soit potentiellement différente partout. Puis, il y a la capacité limitée du Québec de payer. La Belle Province a beau nager dans les surplus budgétaires, cela n’est pas bar ouvert pour les communautés francophones. Il faut se débrouiller avec l’argent présentement sur la table.

Une chose est sûre : la crise provoquée par le gouvernement de Doug Ford en Ontario, en novembre 2018, a eu du bon. Cela s’est avéré un électro-choc pour le Québec qui a réalisé son poids et son rôle partout au Canada. Le dialogue s’est amorcé, et cela s’est réalisé avec la création de l’Université de l’Ontario français. Sonia LeBel y a joué un rôle modeste. Le Sommet sur le rapprochement en sera une concrétisation. Comme quoi à quelque chose, malheur est bon.