Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

La relance du Bloc bien réelle

ÉDITORIAL / Yves-François Blanchet l’admet du bout des lèvres : il y a quelque chose qui se passe dans l’électorat du Québec qui favorise le Bloc québécois. Ce qui était à peine perceptible, il y a une dizaine de jours, se confirme au lendemain du débat des chefs en anglais.

Le Bloc remonte dans les sondages et est en train de se placer pour détenir la balance du pouvoir, dans le scénario d’un gouvernement minoritaire.

Évidemment, nous n’y sommes pas encore. Il reste encore une dizaine de jours avant le vote du 21 octobre, mais les jeux sont presque faits. Les deux principaux partis, le Parti conservateur et le Parti libéral, sont encore au coude à coude, comme ils l’étaient au début de la campagne. 

La perspective d’un gouvernement minoritaire, éloignée au départ, est en train de se confirmer. 

Il reste un débat des chefs, ce soir, celui de Radio-Canada en français. Le chef du Bloc devrait bien s’y débrouiller, s’il poursuit sur sa lancée. Il sera avantagé par la langue du débat où il tient un discours posé, quoique parsemé d’embûches. C’est que le Bloc ne détiendra jamais le pouvoir, et de ce fait, il peut promettre mer et monde, ça ne se réalisera jamais. Il peut réclamer un Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications bien québécois, cela ne risque pas de se concrétiser puisqu’il n’en aura jamais l’autorité. Pas plus que sa mesure d’exempter le livre de la taxe sur les produits et services. Ou celle d’appuyer la création d’équipes sportives québécoises. 

Mais les Québécois, à ce moment-ci de la campagne électorale, n’en ont que faire des pouvoirs eunuques du Bloc. Il serine son slogan «Le Québec, c’est nous !» et récolte des appuis. Au cours des derniers jours, il a pris neuf points de pourcentage au Québec, pour chauffer le Parti libéral. Ce dernier se retrouve à 31 % et le Bloc, à 29 %. Il était un joueur accessoire, il se retrouve aujourd’hui à espérer la couronne.

C’était très perceptible au débat en anglais, lundi. Libéraux et conservateurs étaient en mode attaque à l’endroit de M. Blanchet. Cela se reproduira ce soir, mais les accusations à propos de la Loi sur la laïcité seront moins présentes qu’au débat en anglais. C’était du bonbon car au Canada anglais, personne ne pige l’appui des Québécois à cette loi. Mais comme ce débat sera principalement suivi par les Québécois, libéraux et conservateurs modéreront leurs ardeurs. 

Remportera-t-il suffisamment d’appuis ? Difficile à dire, mais ce qui est plus clair, c’est que le Nouveau Parti démocratique, qui avait si bien fait en 2011, risque d’être à peu près balayé du Québec en 2019. Il ne restera peut-être bien qu’Alexandre Boulerice comme porte-couleur, malgré la bonne performance du chef Jasmeet Singh. Ce dernier obtient un succès d’estime, mais avant de traduire cela en votes, il y a un pas qu’il ne sera pas capable de convertir. Le Parti vert, qui espérait talonner le NPD, se retrouve derrière et le Parti populaire du Canada, celui de Maxime Bernier, devra travailler dur pour emporter un seul siège au pays, celui de son chef en Beauce.

Un gouvernement minoritaire, donc, c’est ce qui se profile à l’horizon. Au Québec, les conservateurs travailleront fort pour préserver leurs acquis. Les libéraux espéraient de gros gains; ils risquent d’être modestes. Il ne pourra répéter son succès de 183 sièges en 2015. Il luttera pour atteindre la majorité, mais risque d’être à court de quelques députés. Devant l’écrasement du NPD, cela laisse le Bloc qui espère doubler sa députation. Les jeux sont presque faits.