Eugene Melnyk est propriétaire du club des Sénateurs d'Ottawa depuis 15 ans.

La reconstruction des Sénateurs

ÉDITORIAL / Les Sénateurs d’Ottawa sont « en reconstruction ». Mieux que ça, des rumeurs persistantes disent qu’ils seraient à vendre.

Du premier fait, nous pouvons être sûrs. D’abord, le propriétaire Eugene Melnyk l’a dit clairement dans une vidéo mise en ligne, lundi soir. Et puis pour confirmer le tout, le directeur général Pierre Dorion l’a affirmé en long et en large, hier, dans le cadre d’une rencontre éditoriale tenue avec Le Droit.

« Nous sommes en reconstruction, a-t-il dit. Il faudra du temps, mais nous n’avons pas le choix. »

Cela dit, M. Dorion et le nouveau chef de l’exploitation Nicolas Ruszkowski ont mis des bémols sur plusieurs éléments lancés par le propriétaire. Il a par ailleurs dit que « le club n’était pas à vendre ». 

Lorsque M. Ruszkowski a été confronté à la vente anémique des billets de saison, il s’est inscrit en faux tout de suite et sans équivoque.

« Absolument pas, a-t-il lancé tout de go. Je peux vous le confirmer. Notre moyenne est de 8000 à 8500 depuis une dizaine d’années, hormis une pointe à 11 500 en 2007, l’année où nous nous sommes rendus à la finale de la coupe Stanley. »

Mais lorsqu’invité à départager la vérité de la rumeur concernant la vente, son démenti était beaucoup plus calme : « Je suis arrivé en juin et je n’entends qu’un message : le club n’est pas à vendre. »

Il n’y avait cependant pas la force, l’énergie de la phrase précédente. 

Depuis un an court une rumeur à l’effet que l’équipe de la Ligue nationale de hockey serait sur le point d’être vendue. Qu’un consortium formé entre autres de Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil, et de la famille Desmarais, autrefois propriétaire du quotidien Le Droit, négocierait l’achat du club.

Ces histoires ne meurent jamais. Rien ne s’est matérialisé, mais à un moment donné, ce sera vrai. 

M. Melnyk est propriétaire depuis 15 ans. Il est arrivé en sauveur en 2003, le club roulait sur des roulettes, mais depuis cinq ans, sauf pour « l’accident de parcours » qu’a été 2016-2017 — défaite en demi-finale —,  ce sont des années de vache maigre. Des voix fortes, notamment celle de l’ex-capitaine Daniel Alfredsson, réclament un nouveau propriétaire. 

M. Melnyk, qui ne nage plus dans l’argent comme avant, serait assuré d’un bon profit d’environ 275 ou 300 millions $ US, la différence entre ce qu’il a payé et la valeur du dernier club vendu, les Hurricanes de la Caroline, à 425 millions $ US. 

Ses messages brouillons, ses menaces de déménager l’équipe, tout ça n’a pas été oublié par les amateurs. Il ne s’excuse pas, il en remet à sa manière. Personne ne peut parler, c’est le proprio !

Cela complique le travail de ses ouailles qui avaient, par ailleurs, des nouvelles encourageantes à livrer sur la clientèle francophone. Pour la première fois de leur histoire, vous avez un patron administratif (M. Ruszkowski), un patron hockey (M. Dorion) et un entraîneur-chef en Guy Boucher qui sont francophile ou francophones. 

« Les francophones sont minoritaires dans la population, mais sont surreprésentés parmi ceux qui nous suivent assidûment, a soutenu M. Ruszkowski. Ils en veulent plus de notre club et nous allons leur en offrir, comme des stationnements moins chers, des billets escomptés, des partenariats de transport collectif, des contenus en français, même des partys de quartier ! » 

Si tout cela a du bon, c’est tout de même obscurci par Eugene Melnyk. Jusqu’à ce qu’il vende... ce qui pourrait être plus vite qu’on ne le pense.