La liste dorée croît d’environ 10 000 noms par année. L’année 2019 a marqué un record en quelque sorte avec une croissance de tout près de 20 000 noms.

La « liste dorée » peut mieux servir

ÉDITORIAL / La liste de divulgation des salariés de l’Ontario engraisse chaque année, provoquant une réflexion sur sa taille éléphantesque : en 2019, elle compte aujourd’hui 151 197 noms d’employés de l’État empochant plus de 100 000 $, alors qu’à peine 4576 noms y apparaissaient lors de sa première année, en 1996.

Outre sa longueur, il y a des enseignements qui font surface. D’abord, le fait que l’Ontario et l’Alberta sont les deux seules provinces au Canada à publier une « liste dorée », aussi connue sous le nom anglophone de « Sunshine List ». Aucune autre province n’a emboîté le pas, alors que la transparence dont elle fait preuve ferait du bien à tous les gouvernements, et à tous les niveaux. Ils feraient bien de s’y mettre.

On a cru pendant un moment que le Québec pourrait se laisser tenter après l’élection de Philippe Couillard en 2014. Il promettait une administration très transparente. Cela ne s’est jamais rendu jusqu’à une liste de divulgation des salaires de l’État. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec n’est jamais intervenu sur cette question, et ce serait bienvenu.

La liste dorée croît d’environ 10 000 noms par année. L’année 2019 a marqué un record en quelque sorte avec une croissance de tout près de 20 000 noms. Cela est dû au fait que certaines catégories d’employés se classent soudainement au-delà de 100 000 $, gonflant abruptement la liste. Ce palmarès n’a donc plus le sens qu’il avait au départ. Par exemple, ce sont des policiers, des pompiers et des ambulanciers qui la forment en majorité à Ottawa.

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Les 100 000 $ de la seconde année du gouvernement de Mike Harris, en 1996, représentent 150 000 $ en 2019, disent les critiques. Il est vrai que le premier ministre d’alors n’avait pas prévu une formule d’inflation. S’il l’avait fait, 85 % des noms disparaîtraient de la liste dorée. Cela lui laisserait moins de 25 000 noms, ce qui est d’autant plus gérable. Aujourd’hui, la liste publie 11 catégories d’employés de l’État, selon qu’ils œuvrent dans la santé, les collèges et universités, les agences de la Couronne, les conseils scolaires, le secteur municipal, etc. Chaque « chapitre » comprend des pages et des pages de noms et de revenus, d’ordinaire assez anodins. L’intérêt est dans la durée et dans les exceptions.

Ces listes de noms prouvent que les salaires sont en hausse chez les travailleurs. 

Mais les exceptions venant de paiements extraordinaires comme des heures supplémentaires (incompressibles chez les policiers, pompiers et ambulanciers) et des revalorisations de pensions de retraite ne devraient pas paraître dans le classement « ordinaire ». 

Ces revenus devraient compter sur leurs propres colonnes afin de témoigner plus fidèlement du caractère exceptionnel de ces paiements.

Le salaire plancher de 100 000 $ ne devrait pas être revu à la hausse. Comme le disait l’ex-première ministre Kathleen Wynne, l’an dernier, 100 000 $ est encore un très gros montant pour les Ontariens. Le salaire moyen au Canada est d’environ 52 000 $, bien loin des 100 000 $ de la « Sunshine List ». Il est de 54 000 $ en Ontario, et de 49 000 $ au Québec.

Il y a encore plusieurs enseignements à tirer de la liste dorée, comme celui de comparer les salaires par classes d’emploi dans diverses régions, par exemple, ou pour vérifier les salaires des femmes par rapport à celui des hommes. En ce sens, la liste de divulgation des salaires de l’Ontario s’avère un outil sous-utilisé, dont les médias se servent pour mettre en exergue certains gros salaires chaque année. Elle pourrait servir à bien plus.