La menace d’autres inondations à Gatineau pend au bout du nez de tous ceux qui sont établis dans des zones inondables 0-20 ans.

La leçon d’un printemps inondé

ÉDITORIAL / Au printemps, à l’instar de dizaines d’autres communautés du Québec et de l’Ontario, la Ville de Gatineau a été victime d’inondations sans précédent. Des centaines de familles ont été déplacées de leurs foyers, plusieurs de façon permanente. Leurs maisons ont subi trop de dommages... et la menace d’autres inondations — sans doute pas de la même ampleur, mais dévastatrices — pend au bout du nez de tous ceux qui sont établis dans des zones inondables 0-20 ans.

Le mois dernier, Québec a permis à quelques dizaines de propriétaires de reconstruire. Cela ne concerne que les rues Jacques-Cartier, Moreau, Riviera et le boulevard Hurtubise. Cela est accompagné de conditions sévères, dont l’étanchéité, afin d’éviter des réclamations lorsque les prochaines inondations surviendront. Parallèlement, la Ville de Gatineau devra mettre en place des « mesures d’immunisation du quartier ». Cela ne peut se faire en permettant à un homme d’affaires d’asphalter des dizaines d’acres de terres inondables pour aménager un (autre) concessionnaire automobile et éventuellement, peut-être, d’autres lucratifs commerces. 

Normand Poirier se veut rassurant envers les citoyens qui craignent les conséquences de ce pavage à grande échelle car l’eau, comme nous l’avons tous constaté au printemps, ne s’évapore pas par enchantement. Elle suit le courant et en volume important, détruit sur son passage. Les appréhensions de l’Association des résidents riverains de Jacques-Cartier sont tout à fait légitimes. Et la Ville de Gatineau a une grande responsabilité envers eux, encore davantage aujourd’hui qu’il y a trois ans, lorsque M. Poirier a commencé à rêver à déménager son commerce du boulevard Maloney vers ce terrain du chemin Saint-Louis qui borde l’autoroute 50. L’entrepreneur compte sur une étude hydrologique qui « permettra de dissiper tous les doutes qui subsistent ». Il est prêt à en assumer une partie des coûts. 

On le comprendra de s’entêter. Il n’est pas le premier à rêver de développer ce terrain. Gilles Desjardins avait songé y construire le nouvel aréna Robert-Guertin. De l’autre côté de l’autoroute, Gatineau a permis l’aménagement d’un centre commercial autour d’un magasin Walmart dans les années 2000. Pourquoi allouer du développement commercial à grande échelle à Touraine et pas à 100 m ? 

Malheureusement, les élus d’aujourd’hui doivent assumer les décisions de leurs prédécesseurs. Une décision douteuse d’un côté de la 50 ne doit pas en permettre une autre en face. Gatineau a longtemps eu cette réputation d’un développement anarchique, selon les vœux d’une poignée de promoteurs immobiliers qui n’avaient que la croissance en tête (et leurs profits). On faisait alors peu de cas de planification urbaine et autres outils qui empêchent de rêver comme bon nous semble. C’est stimulateur pour l’emploi et le développement, mais ça ne donne pas une belle ville.

Gatineau est rendue ailleurs. 

Ce projet de développement en zone inondable a été un enjeu de la campagne électorale de l’automne. Maxime Pedneaud-Jobin s’y opposait, quitte à passer pour un maire « anti-développement ». Bien des citoyens craignaient de remettre les clefs de la ville à quelques promoteurs.

Aujourd’hui, les gestes répréhensibles de M. Poirier — du remblaiement jugé illégal par le ministère de l’Environnement — devraient convaincre quelques élus indépendants que ce projet déjà mal engagé doit être bloqué. Il faudrait assez peu de vision et une bonne dose d’amnésie pour voter en faveur à la lumière de la catastrophe qui a ébranlé Gatineau au printemps 2017.