Les Canadiens, du moins ceux du Lac-Saint-Jean, ont envoyé un gros et clair signal d’approbation aux politiques libérales de M. Trudeau.

La leçon du Lac-Saint-Jean

ÉDITORIAL / Une élection partielle équivaut à un bulletin de mi-session, suggère la sagesse politique. Justin Trudeau avait raison de sourire après la victoire somme toute facile de son Parti libéral dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, lundi.

Richard Hébert, maire sortant de Dolbeau-Mistassini, a récolté 38,6 % du vote exprimé, doublant ainsi la performance du PLC en 2015. Le lieutenant du Parti conservateur Denis Lebel y trônait, mais maintenant qu’il est parti, nous avons retrouvé là une course à quatre libéraux, conservateurs, bloquistes et néo-démocrates. La division du vote fait en sorte que 33 à 40 % du vote suffit pour l’emporter dans ce coin nationaliste du Québec.

Lundi, le conservateur a récolté 25 % des appuis populaires, le Bloc québécois, 23,4 %, et le NPD, 11,7 %.

Les électeurs de Lac-Saint-Jean avaient une occasion en or d’envoyer un message clair au premier ministre Trudeau. Et plutôt que de lui taper sur les doigts. Ils auraient pu le blâmer pour ses déficits trois fois plus importants que promis, l’abandon de la réforme du mode de scrutin ou des réalisations bien minces en dehors du programme d’infrastructures. Certains lui reprochent son ambivalence sur l’environnement (son appui à aux pipelines TransMountain et Enbridge Hardisty), son obsession pour la consultation qui retarde plusieurs décisions, ou une administration axée sur l’apparence et les égoportraits.

Les Canadiens, du moins ceux du Lac-Saint-Jean, ont envoyé un gros et clair signal d’approbation aux politiques libérales de M. Trudeau. 

Le NPD a vu ses appuis s’écrouler. La même candidate qu’en 2015, Gisèle Dallaire, a vu son score fondre de 28,5 % à 11,7 %. En 2011, un autre candidat porté par la vague orange avait fait 27,7 %. Deux messages peuvent être décodés là : d’abord, que l’affection soudaine des Québécois pour le NPD n’était que passagère. Elle a été allumée par la sympathie de la population pour Jack Layton et a survécu sous Thomas Mulcair, pour un moment du moins et dans bien des coins du Québec. Mais le Nouveau Parti démocratique a été plutôt absent du discours public et de la Chambre des communes pendant qu’il tenait sa longue course à la direction. Le nouveau chef Jagmeet Singh a beau être allé goûter à la tarte aux bleuets du Lac-Saint-Jean pendant la campagne électorale, il demeure quand même un inconnu. Il reste cependant à évaluer jusqu’à quel point les Québécois feront la différence entre ses signes religieux et ses convictions politiques.

L’espace libéré dans l’opinion publique a permis au Bloc québécois de reprendre du poil de la bête. On le croyait mort et enterré en 2011 lorsqu’il a dû se contenter de quatre victoires alors qu’il en récoltait de 40 à 50 depuis sa création en 1993. Un retour à 10 sièges aux Communes, depuis 2015, était-il un accident de parcours ou un retour de l’option souverainiste au fédéral ? Cela reste à se confirmer, mais la cheffe Martine Ouellet a des raisons de voir l’avenir avec un certain optimisme. 

En passant, ce n’était pas la seule partielle, lundi. En Alberta, il fallait remplacer Rona Ambrose, l’ex-leader intérimaire. Les conservateurs y ont remporté une victoire facile, comme prévu, avec 77 % des votes.

Justin Trudeau avait besoin de cette bonne nouvelle au Lac-Saint-Jean. La mise à jour économique, hier, a révélé des données encourageantes qui permettront peut-être de faire de Bill Morneau une cible moins évidente à cause de ses démêlés sur le plan de l’éthique. D’ailleurs, les conservateurs avaient repris leurs refrains sur les libéraux champions des taxes, un indice de leurs lignes d’attaque électorales.