Le président Français, Emmanuel Macron

La France et le test des retraites

ÉDITORIAL / Depuis plus d’une semaine, la France vit d’intenses perturbations liées à la réforme de retraites. C’est une preuve de la force des mouvements ouvriers et de la grogne populaire que les protestations ont débuté vendredi, il y a huit jours, quatre jours ouvrables avant le dévoilement des détails de la réforme du gouvernement d’Emmanuel Macron. Pendant ces journées, ils étaient des centaines de milliers à descendre dans les rues de Paris et de province pour contester les réformes dont ils ne connaissaient mot, mais dont ils craignaient qu’elles n’auguraient rien de bon.

Cette mobilisation de tous les instants s’avère un témoignage fort de la frappe des milieux syndicaux en France où il est dit que les forces de protestation sont en mesure de paralyser l’État.

Une chose est certaine, à ce moment-ci : la France est totalement paralysée tellement la grogne est généralisée. 

Pourtant, il règne dans bien des milieux, même ouvriers, un large consensus que la réforme des retraites est souhaitable en France. Mais sur le comment, tout le monde a son opinion et dans le doute provoqué par cette descente dans les rues, les gouvernements finissent par ranger le tout dans leurs cartons. C’est ce qui est arrivé en 1995. Il reste à voir si le gouvernement Macron sera plus habile à manier ses réformes, même si nous en attendons encore les preuves. Il a retardé sa refonte d’une année en raison des mouvements sociaux des gilets jaunes, l’année dernière. Sans compter qu’il existe en France un fort sentiment de suspicion à l’endroit de l’État français, constamment pointé du doigt comme l’un des grands coupables de tous les maux. 

Car il existe 42 caisses de retraite différentes en France, dont trois principales : le régime des salariés du privé — 80 % des cotisants —, le régime des travailleurs agricoles et le régime dit « des indépendants ». Derrière ces trois grands, une foule de petits, classés par emplois ou employeurs : la société des chemins de fer, le transport en commun, les avocats, etc. 

En s’attaquant à tous les régimes de retraite en même temps, le gouvernement Macron a donc déchaîné une grogne généralisée. S’il veut éviter que cette protestation se poursuive, il ferait mieux de cibler sa réforme vers un, deux ou trois caisses de retraite, pas les plus importantes, afin de démontrer sa bonne foi et de prouver à tous les Français qu’il n’est pas le gros méchant loup qui veut tout dévorer sur son passage. Tout effort de réforme qui commence par le régime des salariés du privé est voué à l’échec. Comme toute tentative qui englobe les travailleurs les plus militants, comme les cheminots, toujours parmi les premiers à débrayer. 

On peut associer cela à « diviser pour régner ». Disons que ce n’est que prendre des bouchées que l’on peut avaler, plutôt que de tenter de digérer un trop gros appétit. Ça finit par tomber sur le cœur.

Le gouvernement a déjà adouci ses positions en annonçant que tous ceux qui sont nés avant 1963 n’étaient pas concernés par cette réforme. Mais il maintient que l’âge de la retraite passera de 62 à 64 ans, une trop grosse épreuve à faire passer. Même si la date de mise en vigueur est passée de 2025 à 2027.

Emmanuel Macron avait promis, en campagne électorale, qu’il créerait « un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Il doit s’en remettre à cela. Mais déjà, son échéancier d’un vote en février est hautement improbable. Il vaut mieux de ne pas en avoir un, dans le scénario du gouvernement.