François Legault

La fin du mur rouge

ÉDITORIAL / Ouf. Quelle fin de course! La Coalition avenir Québec a balayé le Québec... incluant en Outaouais. Quel renversement de situation!

La CAQ espérait gagner, et tous les sondages les mettaient en tête. Il ne restait qu’à décider si c’était minoritaire ou majoritaire. Le résultat s’est vite fait sentir. Dès les premières minutes de la soirée électorale, la CAQ s’est envolée au point où dès 20 h 20, les grands réseaux de télévision clamaient qu’elle formerait le prochain gouvernement. Quinze minutes plus tard, leur statut de majoritaire était confirmé...

Le Droit avait confié, comme d’autres, que l’Outaouais était mûr pour un changement, qu’après quatre décennies de mainmise libérale, le statu quo ne suffisait plus, surtout compte tenu de l’affreux bilan en santé. Mais nous en doutions, tellement la tradition libérale est forte et profondément ancrée dans l’ouest du Québec. Nous souhaitions la victoire de deux caquistes, Robert Bussière dans Gatineau, et de Mathieu Lacombe dans Papineau.

Le gain de ce dernier fut le premier à se concrétiser, et c’était le signal que quelque chose allait se passer.

La conquête de M. Bussière fut un peu plus lente à venir.

Et surprise, l’Outaouais en a envoyé un troisième, Mathieu Lévesque, qui a coulé les espoirs de Marc Carrière dans la circonscription de Chapleau. Trois sur cinq. Du jamais vu.

À l’inverse, les retours d’André Fortin, dans Pontiac, et de Maryse Gaudreault, dans Hull, n’ont jamais été inquiétés même si leurs majorités ont été passablement réduites.

Ils regretteront les défaites de leurs collègues Alexandre Iracà et Marc Carrière, et le départ de Stéphanie Vallée, qui avait choisi de ne pas se représenter. Son adjointe Luce Farrell lui a succédé, et elle aura fini avec la moitié moins d’appuis que Mme Vallée.

Avec une trentaine de sièges, le Parti libéral se retrouve au plancher de ce qu’il a récolté depuis la Confédération, ce qui laisse peu de latitude à son chef, Philippe Couillard. Il devrait quitter sous peu, une fois la transition assurée avec le nouveau premier ministre, François Legault. Il faudra s’y habituer.

De toute évidence, le goût du changement qui habitait les Québécois s’est concrétisé. Et de très nette façon, alors que les circonscriptions rouges tombaient une après l’autre. En Outaouais, ce fut la fin du mur rouge.

Le Parti québécois et Québec solidaire se sont querellés toute la fin de la campagne électorale et se retrouvaient nez à nez, en milieu de soirée, à 10 sièges chacun. Ces résultats étaient une occasion de célébrer pour les solidaires tout autant ils étaient une occasion de panser leurs plaies, pour les péquistes. Ces derniers avaient l’air d’un parti en pleine débandade, conservant de peine et de misère quelques acquis.

Cette destruction s’est soldée avant tout par la défaite crève-cœur du chef Jean-François Lisée aux mains du solidaire Vincent Marissal, le journaliste devenu politicien récemment.

Québec solidaire aura plus que triplé son score de trois circonscriptions, et cela laisse entendre que dans quatre ans, un changement encore plus grand pourrait survenir. Les « vieux » partis sont en net recul, les nouveaux ont le vent en poupe et si la CAQ ne répond pas aux attentes, qui sait ce qui pourrait arriver. C’est peut-être le signal de quelque chose de profond qui se passe.

Entre temps, la CAQ a de quoi célébrer. Après même pas sept ans — plus vite que le PQ de René Lévesque en 1976 ! —, la Coalition avenir Québec accède au pouvoir de façon magistrale. Elle a les coudées franches et les deux mains sur le volant, même en Outaouais !