Depuis l’arrivée de Michael Sabia, en mars 2009, la Caisse a plus que doublé son portefeuille global.

La Caisse : année couci-couça

ÉDITORIAL / La Caisse de dépôt et placements du Québec a affiché un rendement de 4,2 % en 2018, moins de la moitié de sa performance de 2017, qui se chiffrait à 9,3 %.

Pourtant, le patron de la Caisse, Michael Sabia, se disait très heureux. Pourquoi ? 

Simplement dit, parce que l’insécurité accumulée a fait chuter les marchés boursiers en fin d’année, annihilant presque tout le rendement qui avait été enregistré au cours de 2018. La caisse a terminé avec un petit 3,5 % dans la catégorie actions. 

Cette contre-performance est due, et cela M. Sabia ne le dit pas, principalement à Donald Trump et à l’instabilité mondiale qu’il a créée. Depuis son accession à la présidence, il multiplie les sorties et les bravades avec un langage presque ordurier que l’on n’avait jamais entendu auparavant d’un président américain. Il ne s’intéresse qu’aux statistiques des États-Unis, laissant tous les autres pays de côté, comme s’ils n’avaient aucune importance. 

Ainsi, pendant qu’il courtise les chefs d’État autocratiques, il a jeté à la poubelle l’Accord sur le libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique, il a mis la Chine au défi en multipliant les tarifs sur leurs exportations vers les États-Unis, il menace l’Union européenne, etc. 

Ces incartades finissent par créer de l’incertitude et du doute dans l’esprit des investisseurs qui ne savent plus très bien à quel saint se vouer. La fin de 2018 s’est donc soldée par une chute importante des marchés boursiers, les mauvaises nouvelles en nourrissant d’autres, et ainsi de suite. 

Heureusement que la bourse s’est reprise en main le mois dernier, mais cela ne se reflétera que dans le bilan de 2019, dans un an.

Par chance, les soucis de la bourse ne se sont pas transmis ailleurs dans le portefeuille de la Caisse. Ainsi, les deux autres grandes catégories d’investissement ont bien fait. Les revenus fixes, très conservateurs, ont généré 2,1 % de rendement, tandis que les actifs réels ont dégagé un solide 9,0 %. Les placements en infrastructures, les investissements dans des entreprises non cotées en bourse et dans les immeubles ont tous très bien fait.  

Somme toute, cela s’est soldé par un rendement net final de 4,2 %, et si Michael Sabia est heureux, c’est que l’indice de référence, la mesure étalon par laquelle il se compare, était de 2,4 %. Un différentiel de 1,8 point, cela semble bien peu, mais en réalité, c’est considérable, surtout avec un portefeuille global de 309,5 milliards $. En fait, c’est 5,3 milliards $ de plus que le portefeuille de référence.

Cela fait sonner comme de l’histoire ancienne la performance de -25 % que la Caisse avait enregistré en 2008, et qui avait mené au départ du patron d’alors, Henri-Paul Rousseau. C’était l’année de la crise financière et la Caisse n’avait pu, ou su, se mettre à l’abri, et cela lui a fait perdre trois ans de rendement. C’est-à-dire qu’il a fallu trois ans, jusqu’en 2011, avant que la Caisse ne retrouve son portefeuille d’avant, qui était de 155 milliards $.

Depuis l’arrivée de Michael Sabia, en mars 2009, la Caisse a plus que doublé son portefeuille global, de 131,6 milliards $ à 309,5 milliards $. Chacune des années depuis 2012 a ajouté ni plus ni moins que 20 à 25 milliards $ en valeur. C’est considérable, même dans une année couci-couça en 2018.

M. Sabia, qui dirigeait Bell Canada auparavant, a par ailleurs signifié que ce mandat sera son dernier. Il quittera à la fin de son mandat, en 2021. Cela laissera amplement de temps au gouvernement du Québec de dénicher un investisseur aussi avisé que Michael Sabia, ce qui ne sera pas chose facile.