Erik Karlsson était le cœur des Sénateurs.

Karlsson, le cœur des Sénateurs

ÉDITORIAL / Le cœur des Sénateurs d’Ottawa a été échangé à San Jose. Des milliers d’amateurs ont vu leurs espoirs brisés et versent leur rancœur sur toutes les plateformes qui s’offrent à eux. Pour ces gens, la transaction d’Erik Karlsson n’aurait pas dû être.

Après Daniel Alfredsson, cet autre Suédois a fait sa marque dans la capitale, comme la capitale l’a marqué. Ses explications, candides et sincères, étaient étonnantes, jeudi. Sa profession de foi envers Ottawa a marqué l’imaginaire. 

Il ne fait pas de doute, à ce moment-ci, qu’il reviendra à Ottawa pendant la saison morte, puis à la fin de sa carrière... un peu comme M. Alfredsson. Il doit y avoir quelque chose dans l’air de cette petite ville — toutes proportions gardées, face aux métropoles de la Ligue nationale de hockey — qui fait en sorte que des gens tombent en amour avec elle. Ou peut-être que ce n’est qu’avec les Suédois que ça fonctionne, qu’Ottawa a ce petit air scandinave qui échappe aux autres !

Erik Karlsson a répété plusieurs fois qu’il ne croyait pas en cet échange, qu’il croyait finir sa carrière avec les Sénateurs, ou du moins, finir son contrat, qui vient à échéance en juin prochain. Là, c’est plus hypothétique, car le bruit circulait depuis février à l’effet qu’il serait sur le marché des transactions. Depuis le temps où le directeur général Pierre Dorion et le propriétaire Eugene Melnyk ont convenu qu’une reconstruction était devenue nécessaire. 

Il ne pouvait pas ne pas l’avoir entendu. 

L’état-major des Sénateurs avait convenu qu’il n’en ferait pas partie : il s’agit d’un constat sévère, mais qui découle d’une certaine logique. 

À 28 ans, il arrive dans la période cruciale de sa carrière. Combien de temps pourra-t-il jouer au même niveau ? Son ralentissement de la saison dernière n’est-il qu’un accident de parcours, ou l’indice d’une tendance lourde ? Personne ne le sait et avec une année de contrat encore valide, les Sharks de San Jose relèvent le pari. 

Ce gros point d’interrogation explique la valeur toute relative que les Sénateurs ont obtenue en retour : trois joueurs moyens, un espoir légitime, mais pas de premier rang, et deux hauts choix de repêchage. 

Il n’a pas signé de nouveau contrat — comme l’ex-capitaine du Canadien Max Pacioretty avec sa nouvelle équipe de Las Vegas — et laisse planer le doute sur ses intentions. 

Au mieux sait-on qu’il a l’intention de devenir le défenseur le mieux payé de toute la LNH, une affaire de 11 millions $ US par saison, minimum.

Et puis le grand mystère consiste en sa relation avec Eugene Melnyk. Après 15 années comme propriétaire, ce dernier a épuisé son capital de sympathie à Ottawa. Daniel Alfredsson a ouvertement demandé à ce que l’équipe soit vendue.

Connaissant les liens étroits entre les deux Suédois, cela a-t-il influencé Erik Karlsson ? 

Ça, nous ne le savons pas. Il n’a pas fait référence à M. Melnyk, jeudi, lorsqu’il avait une occasion de le faire. Le mystère demeure entier, mais nous avons des raisons de croire que M. Karlsson n’a pas répondu à l’offre de contrat qui lui a été soumise pour faire de la pression sur l’équipe... et sur M. Melnyk. 

Les Sénateurs sont entrés dans une étape de reconstruction qui durera de trois à cinq ans. Sans le meilleur défenseur de leur histoire. Il faudra s’y faire, la page est tournée... mais Erik Karlsson fera jaser à Ottawa encore longtemps. 

Et qui sait s’il ne reviendra pas avec les Sénateurs, dans un an... après que l’équipe ait été vendue ?