Justin Trudeau a voulu rencontrer ses homologues des autres partis pour discuter de la cause francophone en Ontario.

Journées de premières

ÉDITORIAL / Rarement dans l’histoire les Franco-Ontariens n’auront suscité tant d’intérêt. Même dans le combat pour l’hôpital Montfort, jamais les chefs de partis politiques fédéraux s’étaient-ils rencontrés afin d’explorer des solutions à leurs problèmes. Ce qu’ils ont fait, hier.

La communauté franco-ontarienne maintient ses pressions afin de ravoir un Commissariat aux services en français autonome et indépendant, comme il l’était avant l’énoncé économique du 15 novembre. Elle multiplie les manœuvres pour que se poursuive la création de son Université de l’Ontario français à Toronto.

Hier, le premier ministre Justin Trudeau s’est donc assis avec ses homologues du fédéral. Nous ne sentions pas que l’initiative lui demandait un effort surhumain. Au contraire. Y étaient le conservateur Andrew Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh, Elizabeth May, du Parti vert, et Mario Beaulieu, chef intérimaire du Bloc québécois. Certes, il y était forcé par une motion du Parti conservateur, déposée lundi, réclamant « un plan » d’action d’ici le 1er décembre. Ce n’est que dans quelques jours ; c’est trop tôt pour arrêter des solutions solides pour régler le litige.

Ce n’était qu’exploratoire, certes, et il y avait beaucoup de politique partisane en filigrane. Rien de concret n’en est sorti. Mais il ne faut pas désespérer.

Il n’est pas impossible que le gouvernement Trudeau trouve quelques dizaines de millions de dollars, peut-être dans son Plan d’action 2018-2023 sur les langues officielles, pour payer une bonne partie des frais de démarrage et d’exploitation de l’université. Dyane Adam y a fait référence à l’émission Tout le monde en parle, dimanche. Elle parlait d’un peu plus de 40 millions $. Les conservateurs, eux, se creusaient les méninges pour identifier des locaux plus économiques où elle pourrait trouver refuge.

Mais l’idée même d’une telle rencontre au sommet demeure novatrice et prometteuse.

Pendant ce temps, à l’Assemblée législative de l’Ontario, ça ne se passait pas aussi bien pour la jeune députée Amanda Simard.

C’est son Parti progressiste-conservateur qui est derrière les coupes annoncées le 15 novembre et on ne lui fait pas la vie facile. Hier, les partis étudiaient une motion du NPD condamnant les coupures. Le PC de l’Ontario lui a d’abord refusé le droit de parole.

Puis, lorsqu’est venu le temps du vote, néo-démocrates et libéraux se sont levés de concert, tout comme Mme Simard. Mais comme elle était du côté du gouvernement, le président de l’Assemblée ne l’a pas vue. Lorsqu’elle l’a fait savoir, il était trop tard. Les conservateurs se sont une fois de plus opposés à reprendre le vote — qu’ils ont facilement remporté, étant majoritaires.

Les idées d’Amanda Simard sont bien connues, elle se tient en appui avec les Franco-Ontariens. Les conservateurs viennent de lui tourner le dos deux fois plutôt qu’une. Le chef Doug Ford a aussi lancé le message qu’elle n’avait pu être rejointe par son bureau ni par le bureau de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, en début de semaine. Une distance est en train de s’installer entre Amanda Simard et le parti.

Cela doit être toute une épreuve pour cette députée originaire d’Embrun qui n’a été élue qu’en juin dernier. Elle se déclare toujours conservatrice, mais ce doit être difficile de subir ce traitement glacial de la part de ses troupes. Elle est isolée.

Il reste encore des avenues. Une d’elles sera la série de 40 manifestations que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario organise samedi à travers la province. Il s’agira d’un grand moment, à n’en pas douter.