Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette

Immigration: une réforme à bonifier

ÉDITORIAL / Le projet de loi 9 sur lequel planche le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette a du bon. En effet, il semble découler d’une logique certaine de favoriser les immigrants économiques au Québec, quitte à les orienter vers les régions les plus démunies en main d’œuvre.

Mais évidemment, cela ne se fait pas à vil prix. Il y a dans cette entente la liquidation de 18 000 demandes d’immigration qui sont placées dans la poubelle virtuelle du gouvernement. 

Du lot, il a été permis d’apprendre que 3700 demandes avaient été placées par des immigrants déjà installés au Québec. Ils ne sont certes pas très contents de devoir reprendre leurs démarches du début. Justement, le ministre de l’Immigration tempère les choses. Il invite ceux qui parlent déjà le français et qui sont au Québec depuis au moins un an à s’inscrire auprès du programme Expérience québécoise, ce qui devrait accélérer leurs démarches. Il convie également les travailleurs temporaires qui avaient déposé une demande d’immigration au Québec à se reprendre, gratuitement.

L’opposition traite la Coalition avenir Québec de tous les noms pour cette réforme « inhumaine ». Les libéraux, et particulièrement Dominique Anglade, devraient se garder une petite gêne. Ils ont été au pouvoir les quatre dernières années et ils ont bien peu de leçons à offrir sur l’humanité des coupes qu’ils ont imposées à l’État québécois. 

Mais il y a de fait des histoires tristes d’opportunités brisées et d’occasions loupées parmi les 3700 demandes de Québécois d’adoption et des 18 000 demandeurs d’asile. C’est le travail des élus de les mettre au jour, et à l’opposition de crier au loup.

Il y a cependant une bonne dose de réalisme à imprimer à ce dossier.

Le gouvernement caquiste s’impose un fardeau en liquidant les 18 000 demandes d’immigration. C’est éminemment regrettable, mais il avait le choix de traîner ce passif administratif pendant encore quelques années, ou de repartir à zéro sur des bases nouvelles. Le ministre Jolin-Barrette choisit la seconde option tout en temporisant la chose auprès des 3700 immigrants temporaires déjà installés au Québec. Il nous semble qu’il s’agit là d’une voie acceptable, malgré les quelques centaines de cas plus tristes auxquels il faudra offrir un accompagnement plus suivi. 

Mais il n’y a certainement pas là de quoi déchirer sa chemise. L’opposition fait son travail, mais, bon...

Le ministre Simon Jolin-Barrette aurait pu un peu mieux prévoir les coups. Ce dossier traîne après une semaine et cela rappelle l’effeuilleuse qui se découvre un peu plus chaque jour. C’est parce que la stratégie de communication du projet de loi 9 n’était pas au point. 

Et puis il y a les deux autres composants du projet de loi, les tests de connaissance du français et le test des valeurs de la CAQ. Un échec à l’un ou l’autre de ces tests pourrait valoir le retrait des privilèges des immigrants temporaires. On en a peu parlé tellement l’accent a été mis sur la liquidation des 18 000 demandes d’immigration. Ces échecs pourraient aussi mener à leur lot d’histoires tristes, d’incompréhension ou de cafouillage. De quel test de français parlons-nous ? Comment le faire passer, l’évaluer ? Voilà autant d’écueils au passage. Et nous avons encore davantage de sérieuses réserves quant à un test des valeurs, qui peut être profondément subjectif.

Nous encourageons toutefois le ministre Jolin-Barrette dans sa réforme du système d’immigration économique, malgré les récifs à l’horizon. Le système actuel peut, et doit, être bonifié.