Le quartier de Long Island City, dans Queens, où seront construits les nouveaux édifices d’Amazon.

HQ2 d’Amazon: qui perd gagne

ÉDITORIAL / Amazon a rendu publique sa décision à propos de son futur quartier général. Ce n’est pas une, mais deux villes qui ont été choisies : New York et Washington... ou plutôt, leurs banlieues de Long Island City et de Crystal City. Les deux ont entrepris une rénovation urbaine qui bénéficiera grandement de l’afflux d’emplois que générera Amazon.

Plutôt que de parler d’un centre urbain qui sera dopé avec 50 000 emplois, nous parlerons donc de deux agglomérations qui recevront 25 000 emplois chacun, une formidable infusion quand même. C’est déjà une bonne idée pour Amazon d’avoir choisi deux villes de l’est du continent, ce qui constitue un contrepoids face à Seattle, où est basé son premier quartier général.

Plusieurs villes du Canada se comptaient parmi les quelque 240 qui avaient signifié leur intérêt auprès d’Amazon, dont Ottawa-Gatineau. On vantait la qualité de la vie au nord de la frontière du 49e parallèle, la main-d’œuvre diversifiée et éduquée, les taux de taxation compétitifs... et le système de santé universel, ne l’oublions pas !

Seule Toronto s’est classée parmi les 20 finalistes. Là comme à Ottawa-Gatineau, on se gargarise en soutenant que c’est aussi bien ainsi que Toronto n’ait pas gagné !

Amazon est un géant de la nouvelle économie avec 220 milliards $US de revenus. Ce matamore porte plusieurs bienfaits en lui, mais des menaces aussi. On en parle plus ouvertement aujourd’hui : sa soif pour les subventions, sa soif pour la main d’œuvre, notamment.

On dit que la compétition pour des dollars de subvention était trop grande. New York aurait offert 1,525 milliard $ US en impôts et subventions pour des emplois, et Crystal City, 573 millions $ US. C’est plus de 2,5 milliards $ canadiens en aides directes et indirectes : difficile à imaginer !

Était-ce même possible pour une ville du Canada de prétendre offrir une somme qui aurait pu faire infléchir Amazon ?

Tout ça offert sur un plateau d’argent à Jeff Bezos, déjà l’homme le plus riche de la Terre... Cet attrait ne se mesure pas à la hauteur de ses besoins, mais à ce qu’il peut aller chercher.

Le projet baptisé « HQ2 » aurait absorbé toute la main-d’œuvre disponible à Toronto, et encore ! Où il y a déjà un déficit d’employés formés, d’ingénieurs, de technologues : comment aurait-il été possible d’accommoder des 50 000 emplois supplémentaires ?

Ottawa et Gatineau avaient convenu de travailler main dans la main pour déposer leur dossier de candidature. Les documents officiels exigeaient une population de 1 million minimum. Ottawa se qualifiait tout juste. Gatineau toute seule en était loin. Ensemble, ils atteignaient facilement le million, et bien plus encore. Mais Ottawa-Gatineau ne s’est pas classé parmi les finalistes. Par contre, la synergie qui s’est créée au sein du comité conjoint est, dit-on, étonnante et porteuse de bienfaits. Des gens qui ne se connaissaient que de nom, et encore, ont fait connaissance et développé une bien meilleure compréhension de ce qu’ils font de chaque côté de la rivière des Outaouais. Depuis, on parle beaucoup de cybersécurité et il y a là l’émergence possible d’une grappe industrielle qui pourrait porter fruit à l’avenir.

Amazon se dote par ailleurs d’un gigantesque centre de distribution dans l’est d’Ottawa qui doit desservir tout le Canada. Pas sûr que ça aurait pu se réaliser si Ottawa-Gatineau n’avait pas levé la main, il y a 18 mois. D’une certaine manière, Ottawa-Gatineau s’est fait connaître par sa candidature pour HQ2, et s’est qualifiée pour une sorte de prix de consolation, quoique personne n’en parle ainsi.