L'environnementaliste, Steven Guilbeault, sera candidat pour le Parti libéral du Canada lors des prochaines élections fédérales.

Guilbeault et ses contradictions

ÉDITORIAL / Il faut une bonne dose de courage pour oser se présenter en politique. Pour « mettre sa face sur le poteau », comme on le dit familièrement. C’est pourquoi il faut voir positivement la nouvelle à l’effet que l’environnementaliste Steven Guilbeault vient de se déclarer candidat aux prochaines élections fédérales. La surprise, s’il en est une, c’est qu’il ne le fasse pas pour le Parti vert, ou même pour le Nouveau Parti démocratique, mais pour le Parti libéral du Canada.

Les liens entre lui, ancien fondateur du mouvement Équiterre, et les verts seraient tombés sous le sens. La chef Elizabeth May a besoin de candidats reconnus pour porter son message au-delà des électeurs mus par les questions d’environnement. M. Guilbeault, diplômé en sciences religieuses et en sciences politiques, a su faire les compromis nécessaires pour faire avancer les dossiers chers à Équiterre, qu’il a cofondé. 

Il aurait tout aussi bien pu se présenter sous la bannière du NPD. Mais le parti d’Ed Broadbent et de Jack Layton traverse des moments difficiles sous Jagmeet Singh à qui l’on prédit des jours plus ardus. 

Steven Guilbeault s’est ainsi tourné vers le Parti libéral pour amorcer sa carrière politique. À 49 ans, il apporte dans ses bagages une solide expérience en environnement. Mais c’est celui d’un militant calme qui sait travailler avec les pouvoirs en place pour faire cheminer ses dossiers. Ainsi, il a œuvré au conseil de l’Agence de l’efficacité énergétique, puis présidé le comité sur les énergies renouvelables sous les libéraux dirigés alors par Jean Charest. Il a poursuivi son rôle-conseil sous le Parti québécois... et le Parti libéral mené par Philippe Couillard. 

Ainsi, il ne fallait pas s’étonner de le voir accepter la coprésidence du comité consultatif fédéral pour la lutte contre les changements climatiques. Là, il se rapprochait de Justin Trudeau. C’est à ses côtés qu’il livrera la prochaine bataille, la plus importante de sa carrière, la bataille politique, lui qui a toujours été davantage porté à bâtir des consensus.

Le moment de la confirmation de sa candidature n’était pas anodin. Il l’a fait au lendemain de l’annonce par le gouvernement Trudeau de son appui au pipeline Trans Mountain. Y a-t-il là une contradiction ?

M. Guilbeault ne s’en cache pas : il n’est pas en faveur de Trans Mountain. Cela illustre que l’équipe Trudeau 2019 est prête à vivre avec les avis contraires de ses candidats. Certains du moins. Elle n’exige pas qu’ils croient ou meurent. Après l’épisode de Jody Wilson-Raybould, il était permis d’en douter.

Il en faut davantage de candidats du genre. Des candidats solides, qui ont défendu des dossiers. Quitte à vivre avec certaines contradictions. Il y a suffisamment de yes men en politique.

La campagne libérale en vue des élections du 21 octobre 2019 est déjà entamée. C’est le propre des élections à date fixe que d’étirer les courses électorales. Les libéraux ont fait leur nid avec Trans Mountain, ils tenteront de convaincre les Canadiens que leur approche pro-environnement et pro-pipeline a du sens. L’offensive des conservateurs du chef Andrew Scheer est aussi bien déclarée, avec le dévoilement d’éléments-clefs de son programme au cours des dernières semaines. Le NPD a choisi de tout déballer son sac ce mois-ci.

Steven Guilbeault est candidat à l’investiture dans la circonscription de Laurier-Sainte-Marie, qui sera représenté par Nima Machouf, l’épouse de l’ex-député de Québec solidaire Amir Khadir. 

La course est déjà débutée. Que le meilleur, ou la meilleure, l’emporte.