«Les produits laitiers sont en perte de vitesse et nous nous interrogeons davantage sur leurs bienfaits», souligne l'éditorialiste Pierre Jury.

Guide alimentaire : du nouveau !

ÉDITORIAL / Attendu depuis quelques années, espéré depuis plus longtemps, le prochain Guide alimentaire canadien devrait être publié en 2019. Des extraits ont récemment été publiés sous une forme préliminaire et les changements sont considérables.

La plus importante modification ne paraît pas, mais elle n’est pas moins cruciale : Santé Canada a évacué tous les lobbies de l’industrie alimentaire, notamment les Producteurs laitiers du Canada. Ça ne leur fera pas plaisir de voir que le lait, les fromages et les yogourts perdent en influence au pays, mais cela fait partie des nouvelles priorités canadiennes. Les produits laitiers sont en perte de vitesse et nous nous interrogeons davantage sur leurs bienfaits. 

Ce questionnement est un nouveau phénomène. Ce n’est pas comme les viandes, le boeuf notamment, qui perdent en vitesse à chaque édition du guide. À la place, les autorités de la santé suggèrent plus de grains, de noix et de légumineuses : en plus d’être de plus en plus à la mode, elles sont bonnes pour nous et pour la planète !

Le Guide alimentaire canadien n’est pas nouveau : sa première édition date de 1942. Le gouvernement voulait alors offrir aux Canadiens quelques conseils nutritifs, eux qui souffraient d’une alimentation mal équilibrée pendant la guerre. La prochaine édition sera la huitième, la dernière révision date de 2007. Que l’essentiel de l’attente se soit passé sous un gouvernement fédéral conservateur n’est peut-être pas étranger à tout cela. 

Elle fait l’objet de beaucoup de tractations en sourdine, chaque agence de commercialisation des produits alimentaires cherchant à mousser ses aliments ou à tout le moins, à protéger ses acquis. Il est tentant de mettre la faute sur les consommateurs pour leurs mauvais choix d’aliments trop transformés, trop riches en gras, en sucre et en sel. Une mauvaise alimentation contribue à l’obésité à des maladies chroniques comme le diabète, un fléau grandissant au XXIe siècle.  

Le gouvernement de Justin Trudeau a résisté à cet appel intéressé des sirènes du marketing. Il leur a fermé la porte au nez et dit s’être basé entièrement sur des chercheurs qui s’appuient sur des connaissances scientifiques. Si c’est vraiment le cas, c’est tout à son honneur.

Il y a de nouveaux phénomènes depuis 25 ans : notamment, de plus en plus de nos repas sont consommés hors de la maison, souvent seul, à un comptoir de restauration rapide. Cette « mauvaise habitude » a évolué pour devenir un fléau discret, qui nous atteint subrepticement dans une pratique trois fois quotidienne. Dans notre société moderne, le temps consacré à manger, et à bien le faire, réduit comme peau de chagrin. Ainsi, le nouveau guide recommande par exemple de « prendre ses repas en bonne compagnie ». C’est là une forme de marketing soft qui prend de plus en plus de place dans l’espace nutritionnel. Nous nous apercevons que de prendre le temps de bien manger, et de le faire dans un cadre agréable, en bonne compagnie, s’avère un facteur de santé dont nous ne nous doutions pas il y a quelques décennies à peine. Ce n’est pas du « temps perdu », mais d’importants moments d’investissement sur soi et sur autrui. 

Le Guide alimentaire canadien sert particulièrement les institutions publiques comme les hôpitaux, les écoles et les centres d’aînés. Ce sont les premiers à en suivre les directives. Pour elles, ce sera un changement assez drastique. Pour les Canadiens, les modifications seront plus subtiles, mais elles ne doivent pas être passées sous silence non plus.