Justin Trudeau est accusé de dire une chose et son contraire, lorsqu’il parle des changements climatiques.

GES: le plan risqué de Trudeau

ÉDITORIAL / Justin Trudeau est accusé de dire une chose et son contraire, lorsqu’il parle des changements climatiques. D’un côté, il se pavane avec l’Accord de Paris, soutenant que le Canada doit atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030, qu’il n’a pas le choix même! De l’autre, il a surpris tous les Canadiens en se portant acquéreur du pipeline TransMoutain pour 4,5 milliards $ et milite pour l’industrie pétrolière de l’ouest.

Plusieurs y voient une contradiction évidente. Qu’il est impossible pour le Canada d’investir dans une énergie pétrolière que plusieurs estiment dépassée, et que nous respections notre parole de réduction des GES. Ils estiment qu’il y a là une dichotomie qui ne peut satisfaire l’un et l’autre.

Qu’en est-il?

Le premier ministre en a parlé dans le cadre de ses entrevues de fin d’année. Ce qu’il a dit éclaire un peu mieux les intentions canadiennes sur le sujet. Il y a là une différence que la population sera appelée à endosser ou à infirmer lors des élections d’octobre 2019.

D’abord, M. Trudeau a rappelé qu’il est le premier ministre de tous les Canadiens et qu’il a «la responsabilité de créer de la croissance économique et de créer des emplois à travers tout le pays», dans une entrevue menée à Radio-Canada. Jusque là, ça va.

Il poursuit: «À l’intérieur de notre plan pour atteindre les cibles de Paris, il y a un cap (sic) absolu sur les émissions de GES des sables bitumineux. Si on transporte par rail, c’est plus dangereux et plus polluant que par oléoduc. En plus, l’oléoduc nous permet d’accéder à de nouveaux marchés. Maintenant, 99 % de nos produits pétroliers sont vendus aux États-Unis. Si on avait accès plus à l’Asie, on aurait un meilleur prix. On aurait des milliards de plus pour investir dans les nouvelles technologies, dans les soins de santé. Cela fait partie d’un ensemble qui dit: environnement et économie, ça doit aller ensemble.»

Les Canadiens souscrivent généralement à la menace des GES ainsi qu’aux objectifs de Paris. Il faut faire quelque chose. Le plan des conservateurs, dans son aveuglement volontaire sur la responsabilité de l’homme dans les émissions de GES, ne tient pas la route. Mais le plan libéral, lui?

Il a au moins le mérite de vouloir lutter contre les GES. Il a souscrit aux cibles de Paris. Mais sa résolution à investir dans un pipeline — voire deux, si jamais celui d’Énergie Est était ravivé — complique l’équation. Et la complique pour longtemps puisque l’oléoduc sera en place pour des dizaines d’années alors que l’énergie électrique est à nos portes.

Néanmoins, nous aurons besoin de pétrole pendant au moins deux décennies, peut-être davantage. Il y a une logique certaine à investir dans le moyen le plus sûr, le plus efficace et le plus économique de transporter notre pétrole. Nous verrons, dans 20 ou 30 ans, ce que nous en ferons. D’ici là, il nous aura bien servi.

Et l’accord de Paris? Justin Trudeau nous invite à relever le défi. Il est prêt à indemniser les familles canadiennes plus pauvres: cela est tout à son honneur. Et les autres? Soyons solidaires et faisons l’effort. Quant aux entreprises, misons sur le fait qu’elles seront tenues aux mêmes efforts que les familles. De toute façon, nous n’avons pas le choix. Entre l’inaction aveugle que proposent des premiers ministres comme Doug Ford, en Ontario, et l’action insuffisante que proposent les autres, choisissons le second. Avec l’espoir que les premiers se rallieront un jour, et que notre action augmentera au point d’être suffisante, à un moment donné.