Le nouveau premier ministre conservateur de l'Ontario, Doug Ford

Ford coupe, les yeux fermés

ÉDITORIAL / Dans une décision controversée, mais attendue, le premier ministre Doug Ford, a mis d’un trait la hache dans le programme de plafonnement et d’échange des gaz à effet de serre en vigueur depuis 18 mois en Ontario. Nous n’avons pas fini d’en entendre parler...

Il s’agissait d’un de ses engagements phares de la récente campagne électorale. Il ne faut pas s’en surprendre. Mais Doug Ford n’a pas démontré le bien-fondé de sa pensée pendant la campagne électorale, et pas plus hier. Ç’aurait été le minimum qu’il aurait pu faire.

Le système de plafonnement et d’échange, que les anglophones appellent « cap-and-trade », est controversé. Le Québec et la Californie l’ont mis en place, l’Ontario était le troisième gouvernement à aller de l’avant. Mais c’était sous les libéraux de Kathleen Wynne. 

Ce programme exige une bonne dose de croyance pour se convaincre de ses bienfaits qui sont réels, mais assez intangibles. Les efforts de réduction des gaz à effet de serre sont perceptibles, quoique modestes pour les consommateurs. Le gouvernement de l’Ontario l’estimait à 13 $ par mois, soit à peine plus de 150 $ par an. Dont un 4,3 cents le litre d’essence, rapidement absorbé par les pétrolières. Pour les entreprises, c’était beaucoup plus cher, avec un système d’achats de droits d’émission (de polluer !) que les sociétés plus vertes pouvaient vendre à d’autres plus polluantes. Mais il y en avait pour 3 milliards $ depuis 18 mois, que Mme Wynne avait promis d’investir dans le transport en commun et une ribambelle d’autres mesures « vertes » comme des thermostats et des fenêtres pour les consommateurs. Un lot de bonnes intentions que le nouveau premier ministre a effacées, la semaine dernière, en mettant fin au Fonds pour un Ontario vert, notamment. 

Mme Wynne avait additionné et soustrait, était venue à la conclusion que le programme « cap-and-trade » était efficace, bien que la Vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, l’a accusée de souffrir d’un optimisme débordant. Les cibles de réductions des gaz à effet de serre seraient bien moins ambitieuses que promises.

Doug Ford ne s’est pas bâdré de tout faire ça.  

Il s’est limité à dire que « les systèmes de plafonnement et d’échange des droits d’émission de gaz à effet de serre ne sont rien de plus que des ponctions fiscales qui ne représentent aucun gain pour l’environnement et privent les contribuables de leur argent. »

Hop, voilà, tout le travail aux déchets. Et les 3 milliards $ payés par les entreprises ? Pas un mot. Et la menace du fédéral d’imposer une taxe sur le carbone aux gouvernements qui n’ont pas de mécanisme « cap-and-trade » ? Pas un mot. Et les 12 mois de préavis pour y mettre fin ? Pas un mot. Comme en campagne électorale, Doug Ford s’en lave les mains. Nous voulons bien que ce soit la nouvelle direction de l’Ontario ; après tout, une majorité de contribuables ont voté en faveur de ses idées. Mais maintenant qu’il est au pouvoir, ce n’est pas si facile. 

M. Ford avait l’obligation de démontrer ce qu’il avance, d’en faire la preuve. À défaut de cela, nous continuons à croire que la menace des gaz à effet de serre est bien réelle, qu’elle nous oblige à poser des gestes courageux et pas toujours rentables économiquement. Ce ne sont pas les 13 $ par mois qui feront une différence dans notre portefeuille. Surtout s’ils servent au transport en commun. Avec son plan de train léger, Ottawa sait bien que c’est là un investissement qui fonctionnera ! À terme, l’Ontario risque de payer plus, bien plus, avec les conservateurs de Doug Ford.