Doug Ford l’a emporté sur division : Mme Elliott a récolté plus de votes, mais il a enregistré plus de gains et c’est ce dernier qui comptait davantage.

Ford, contre toute attente

ÉDITORIAL / Doug Ford, contre toute attente, a devancé ses trois adversaires féminines… et personne ne sait vraiment ce qui arrivera au Parti progressiste-conservateur de l’Ontario.

Ce ne sera pas la même chose qu’à l’époque de Patrick Brown.

M. Ford a misé fort sur son fief d’Etobicoke et de la couronne de Toronto pour l’emporter à l’arraché devant Christine Elliott, qui mordait la poussière pour une troisième fois d’affilée, et la dernière sans doute. Toujours perdante, elle aura compris que l’Ontario ne voulait pas d’elle et elle devrait quitter pour de bon.

Caroline Mulroney et Tanya Granic Allen ont fermé la marche avec 18 et 15 % du vote populaire.

Ceux qui espéraient une suite rédigée sur du papier à musique devront changer leur fusil d’épaule. M. Ford s’est montré un digne successeur à son frère Rob Ford qui avait bouleversé la politique municipale entre 2010 et 2014 comme maire de Toronto avant d’être terrassé par un cancer, en 2016. 

Doug Ford l’a emporté sur division : Mme Elliott a récolté plus de votes, mais il a enregistré plus de gains et c’est ce dernier qui comptait davantage. 

Au final, après des heures à compter et recompter, il a été déclaré vainqueur, mais il ne restait personne pour l’applaudir au centre des congrès de Markham. Sa victoire est donc passée inaperçue. Comme la course de cinq semaines, quoi.

Tout ce que l’on sait, c’est que l’éducation sexuelle reviendra à l’avant-scène, que la taxe sur le carbone sera combattue avec force… et que tout le reste dépendra de l’humeur de Doug Ford ce matin-là.

Un homme politique plus rusé que son frère, M. Ford a dit peu de choses pendant la campagne à la direction. Il a utilisé le mode attaque, mais demeure nébuleux. Personne ne sait trop où il s’en va, mais il y va avec force et détermination. 

Les parallèles entre Doug Ford et Donald Trump reviendront, cela semble certain. Les deux sont partis de la droite, ont dit ce que les gens ont voulu entendre et aujourd’hui, ils dirigent leurs partis. Ils partagent leur opposition à une certaine élite et se vantent d’être des gens du peuple même si leurs styles de vie ne leur confèrent aucunement ce rapprochement. N’empêche, personne ne les attaque à moins de se faire harakiri tandis qu’eux, ils continuent de se faire le champion des « petites gens » et combattre les « élites ».

Leur manière de lutter contre les critiques et de mettre de l’avant des slogans vides de sens les illustre.

Si M. Trump a pu remporter les États-Unis, Doug Ford pourra-t-il le faire en Ontario ? 

La victoire du Parti PC, qui est largement favori en Ontario le 7 juin 2018, date du prochain vote provincial, retrouvera de son intérêt dorénavant. Les libéraux, qui donnent toujours une chance à Kathleen Wynne, trouveront leur intérêt dans ce vote compte tenu des états de course de son nouvel adversaire. Malmenée dans les sondages jusqu’ici, la libérale a vu son stock augmenter d’un coup avec l’entrée en scène de Doug Ford. Elle doit en être radieuse. À moins que ce ne soit la néo-démocrate Andrea Horwath, qui espérera enfin se démarquer à sa troisième course pour la couronne en Ontario ? 

Une chose est sûre, aujourd’hui : n’importe qui peut l’emporter.