Ottawa et Gatineau ont travaillé main dans la main pour proposer un projet conjoint afin d’accueillir 50 000 emplois potentiels qu’Amazon fait miroiter.

Folle surenchère pour Amazon

ÉDITORIAL / L’annonce qu’Amazon voulait construire un second bureau-chef en Amérique du Nord a provoqué une incroyable surenchère d’idées loufoques et de courbettes où l’on échappe savamment des millions pour attirer le regard des patrons de la multinationale américaine du commerce électronique.

Ottawa et Gatineau ont répondu à l’appel elles aussi. Elles ont travaillé main dans la main pour proposer un projet conjoint afin d’accueillir ces 50 000 emplois potentiels qu’Amazon fait miroiter. Des jobs avec des salaires moyens de 100 000 $... si l’on ne se fie qu’au chant des sirènes de l’entreprise fondée par Jeff Bezos en 1994. Mais a-t-on déjà oublié les critiques acerbes sur les difficiles conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon ? Ils n’empochaient pas des salaires dans les six chiffres, ces manœuvres !

N’empêche qu’il est bien rare qu’une entreprise annonce son intention de créer de toutes pièces un nouveau bureau-chef. Ceux de Seattle peinent à répondre à la demande. La compagnie ne cesse de croître mais les services municipaux ne suffisent pas. Le système de transport en commun traîne de la patte, la circulation est infernale, les quartiers modestes ont subi une profonde gentrification, tout y coûte trop cher. Pourtant, à peine 40 000 des 300 000 employés d’Amazon sont basés à Seattle. Amazon s’est diversifié de la simple vente de livres en ligne, et vient par exemple d’acheter le détaillant alimentaire Whole Foods. Sa taille a quintuplé en cinq ans. La direction voit sa croissance ailleurs que les produits culturels. 

Les critères : en Amérique du Nord. Région d’au moins 1 million d’habitants ­­ — ce qui a forcé Ottawa à inclure Gatineau dans son cahier de candidatures... ne croyons pas que le bureau du maire Jim Watson l’a fait que par grandeur d’âme, il n’avait pas le choix ! Une main-d’œuvre avec une expertise informatique et « un environnement stable et propice aux investissements ». 

Libre à chacun d’interpréter ces derniers mots comme ils le veulent.

Par exemple, une banlieue d’Atlanta a proposé de se rebaptiser « Amazon ». Une ville de l’Arizona a voulu envoyer un gigantesque cactus de 6 m pour se faire remarquer (cadeau refusé et livré à un musée). La palme revient au New Jersey où le gouverneur Chris Christie a promis 5 milliards $ — oui, vous avez bien lu ! — en ristournes d’impôt, soit 10 000 $ par emploi créé.

Quand on entend le tollé provoqué par l’investissement de 1,3 milliard $ du Québec dans Bombardier, peut-on même penser compétitionner avec de telles largesses ? Et pour l’offrir à une société américaine fortement profitable en plus ?

Cinquante villes devaient acheminer leurs propositions, dues cette semaine. Une dizaine au Canada, de Vancouver jusqu’à Montréal. 

Ottawa-Gatineau est sur les rangs, donc. Mais a-t-elle des chances ? En théorie, oui. Elle est bien devenue capitale en 1867 alors qu’aucun espoir n’était permis. Elle répond favorablement à tous les critères énoncés. De fait, elle rappelle un peu ce qu’était Seattle il y a 25 ans (deux fois plus petit). Si Amazon veut un quartier général dans l’est du continent, et est ouvert à une délocalisation dans un autre pays avec tout ce que cela veut dire de règles différentes au plan commercial et juridique, l’ouest d’Ottawa, tout particulièrement, offre tout l’espace pour une croissance à long terme.

Mais elle ne peut — ni ne doit ! – participer à cette surenchère où l’on vend son âme pour plaire. Ce serait une bassesse à laquelle les contribuables devraient s’opposer. Nous sommes Canadiens, après tout !