Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook

Facebook: un 15e sous la loupe

ÉDITORIAL / Le réseau social Facebook a célébré ses 15 ans, hier. Malgré sa popularité toujours croissante, 2018 fut l’année la plus bouleversante de son histoire, avec le scandale de Cambridge Analytica et toutes ces failles qui ont ouvert la voie à de multiples ingérences politiques, raciales ou simplement sur le droit à l’oubli.

Facebook est l’un des outils collectifs les plus puissants de sa génération. Il s’agit du second site le plus populaire au monde, après Google. Avec 2,3 milliards d’utilisateurs, et une forte majorité d’usagers au Canada et aux États-Unis, nous le consultons avec une régularité étonnante.

Nous avons tendance à croire qu’il s’agit là d’un réseau universel.

C’est oublier que Facebook est absent du quotidien de 1,2 milliard de Chinois, et ne rejoint que 9 millions des 150 millions de Russes. De fait, la pénétration de Facebook est très inégale, avec à peine 17 % de la population de l’Asie, mais 70 % de l’Amérique du Nord.

Au Canada et aux États-Unis, les 240 millions d’usagers de Facebook en font un réseau incontournable. Avec ses applications Facebook Live, Instagram et Messenger, c’est toute une architecture informatique qui se déploie sous nos yeux captifs. C’est si universel que l’on finit par oublier les dérapages de Facebook. On les contourne, on les ignore, on fait comme s’ils ne faisaient pas partie de notre petit univers technologique qui nous avertit des anniversaires de nos « amis » virtuels, nous annonce petits et grands déploiements de nos vies en ligne, comme la grippe d’un cousin et le voyage d’une lointaine amie, autant que le dernier développement d’une nouvelle en cours ou une conférence importante. La somme de ces nouvelles en fait une plateforme essentielle pour que les Canadiens sachent où ils en sont dans leur monde.

Cependant, des forces très menaçantes se profilent à l’horizon. La gestion des données personnelles est scrutée par la Federal Trade Commission aux États-Unis, et les appels à une réglementation plus serrée se font plus pressants à chaque petit et grand scandale qui atteint Facebook.

Officiellement, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, appuie plus de réglementation, mais on peut en douter car cela vient handicaper la capacité de sa société de générer des sous. Facebook est devenu, ne l’oublions pas, l’un des plus grands vendeurs d’espaces publicitaires au monde, au grand dam des journaux. Facebook, qui vient d’atteindre les 50 milliards $ US de ventes en 2018 – et 10 milliards $ US de profits ! –, veut donc que rien ne contrecarre ses efforts en ce sens. Comment jouer l’un sans nuire à l’autre ? Voilà une des questions que Facebook se pose tous les jours.

Entre-temps, Facebook continue son intégration. Il rachète continuellement de plus petites sociétés, frappant des coups de circuit avec certaines : Instagram et Whatsap, notamment, sans compter que Messenger a été développé à l’interne. Ce trio, plus Facebook, pourrait devenir incontournable dans un avenir rapproché... suscitant les regards désapprobateurs des agences de réglementation qui ont toujours le dernier mot. C’est pourquoi M. Zuckerberg marchait sur des œufs, lorsqu’il a témoigné devant les élus du Congrès, au printemps dernier.

Tout cela se passe sous nos yeux, ou à l’abri des regards inquisiteurs. Pendant ce temps, les usagers s’amusent à liker des nouvelles de leurs amis Facebook, comme si de rien n’était. Une grande bataille se dresse pourtant derrière. Quinze ans après sa fondation, Facebook est aujourd’hui l’une des grandes cibles de nos gouvernements.