La Banque du Canada

Éviter la spirale de l’endettement

ÉDITORIAL / Les Canadiens devraient se méfier de la dernière annonce de la Banque du Canada. Mais les chances sont qu’ils ne feront rien.

Le gouverneur de la Banque, Stephen Poloz, a annoncé cette semaine une hausse du taux directeur d’un quart de point de pourcentage. Cela le fait passer de 1,50 % à 1,75 %. Cette hausse, anodine aux yeux de certains, ne l’est pas du tout. Car il s’agit de la cinquième hausse en un an, et que d’autres sont prévues d’ici un an. 

Cette augmentation a des impacts immédiats. Le jour même, quatre des plus grandes banques au Canada relevaient leur taux de base de 3,70 % à 3,95 %. Voilà le taux plancher qu’un Canadien peut obtenir en s’adressant à un prêteur hypothécaire.

Ce ne serait pas si alarmant si le taux d’endettement des familles canadiennes était raisonnable. Mais il ne l’est pas. 

Les Canadiens doivent collectivement 1,69 $ pour chaque 1 $ de revenu qu’ils engrangent. L’essentiel de cette dette concerne des emprunts hypothécaires. Ils doivent en moyenne 260 000 $ sur leur maison. Une hausse de 0,25 % n’est pas problématique : quelques dizaines de dollars de plus par mois. Mais comme nous sommes rendus à la cinquième hausse du genre, et que d’autres sont prévues, cela annonce un choc pour bien des propriétaires. Des centaines de dollars de plus par mois. Des familles pourraient se retrouver coincées lorsqu’elles renouvelleront leurs hypothèques, dans un an ou deux.

Ajoutez à ça un prêt auto, plus une marge de crédit... 

Tiens, prenez le cas de Mathieu Lacombe, le nouveau député de Papineau et ministre de la Famille. Les médias ont fait un large cas de ses ennuis financiers au cours de la dernière année. 

Leur histoire est typique : deux enfants, une maison, deux véhicules, rien d’extraordinaire. Mais il n’a suffi que d’un congé de maternité à demi-salaire et d’ennuis de santé de son épouse pour plonger sa famille dans des soucis économiques. 

Ils ont eu le bon réflexe : ils sont allés chercher de l’aide et s’en sont finalement tirés. 

L’histoire de leurs problèmes pourrait se multiplier par milliers lorsque viendra le temps de renouveler les hypothèques. 

Il est facile de parler des solutions, de réduire les dépenses, mais il est beaucoup plus difficile de le faire. Les pressions sont énormes lorsqu’un véhicule brise et qu’il faut trouver une manière de se déplacer. Se contenter d’un véhicule usagé ? Ou pas de véhicule du tout et se déplacer en vélo ou en transport en commun ? Et puis, lorsque les collègues au bureau s’invitent à manger au restaurant le midi ? Comment résister, semaine après semaine ? 

Car là sont les vrais efforts de redressement financier. Dans les déboursés de l’hypothèque et des prêts auto, mais aussi dans les dépenses au quotidien : les cafés, les vêtements, les repas hors du domicile, les sorties, le gardiennage, bref, tout ce qui passe pour « normal », mais qui étire l’élastique de l’endettement.

La conséquence de dépenser moins, c’est que l’économie tourne moins rondement. Sauter des repas au restaurant élimine des emplois de serveur, de cuisinier, de plongeur. Il s’agit d’un risque réel. Mais nous vivons une situation de quasi-plein emploi et la menace d’emplois perdus, de moins d’intérêts versés aux grandes banques ne doit pas nous effrayer outre mesure de l’objectif central. Cela s’avérera le prix normal à payer pour réduire l’endettement des ménages, et voilà la grande priorité à laquelle le Canada doit s’attaquer, une famille à la fois.