Les récentes allégations coûtent cher à Patrick Brown et à son parti.

Éviter d’être une victime collatérale

ÉDITORIAL / Le Parti conservateur de l’Ontario pourrait-il gâcher trois élections d’affilée ? Ça pourrait bien être le cas avec la démission du chef Patrick Brown à la suite de récentes allégations de nature sexuelle. Il a eu beau nier les accusations rapportées par le réseau CTV, le mal était fait. En cette époque post-Harvey Weinstein et du mot-clic #MoiAussi, le fardeau de la preuve de comportements inappropriés ne repose plus que sur le dos des victimes.

Depuis 24 h, le Parti PC navigue en pleine crise. Il doit remplacer son chef à cinq mois de l’élection du 7 juin. Il s’agit d’une situation sans précédent. 

Et les Franco-Ontariens pourraient être des victimes collatérales de ce branle-bas et ne plus compter pour beaucoup dans les priorités d’un leader qui pourrait avoir d’autres priorités que le français et une minorité de 600 000 personnes.

Les libéraux dirigent l’Ontario depuis 2003. Déjà essoufflé en 2011, Dalton McGuinty a profité des bourdes du nouveau chef, Tim Hudak qui ont dégonflé ses voiles : fixation sur la réduction des taxes, sur les cours d’éducation sexuelle, sur les travailleurs étrangers. Les libéraux se sont faufilés vers un troisième mandat d’affilée.

Rebelote en 2014. En avance dans les sondages, M. Hudak a effrayé les Ontariens en promettant  de congédier 100 000 fonctionnaires et Kathleen Wynne, en relève de M. McGuinty, a été élue. Tim Hudak a cédé sa place à Patrick Brown. Député conservateur fédéral peu connu, il a défait, en raison d’un travail acharné, la favorite Christine Elliott, la veuve de l’ex-ministre fédéral des Finances Jim Flaherty.

Une fois encore, M. Brown présentait tous les indices qu’il s’apprêtait à prendre le pouvoir. Depuis plusieurs mois, les sondages lui étaient favorables tandis que les néo-démocrates ne s’affirment pas hors de certaines régions comme le nord, et Mme Wynne n’inspire toujours pas la population, selon les sondages. 

Les libéraux ont accompagné les Franco-ontariens dans leur essor depuis 15 ans, mais Patrick Brown et son équipe conservatrice ont été convaincus que les doléances de la francophonie ontarienne étaient justes. Université de l’Ontario français, cibles d’immigration francophone, investissements en santé en français, M. Brown était généralement favorable. Cette ouverture et son bilinguisme marquaient un bris net avec certains de ses prédécesseurs pour qui les Francos ne comptaient pas.

Aujourd’hui, le Parti PC vogue vers l’inconnu quant à son prochain chef. Il leur faut arranger un genre de congrès à la direction, ou à tout le moins, une consultation accélérée auprès des membres. À 132 jours de l’élection, il est trop tard pour réformer un programme que les Bleus ont mis des mois à peaufiner et qui a fait l’objet de vastes consultations. 

M. Brown peinait à jongler avec la frange plus conservatrice de son caucus et les Ontariens qui sont davantage attirés par la rigueur fiscale dont ils font large étalage.

Le parti choisira la personne la mieux placée pour livrer une victoire électorale en juin et s’accommoder du programme existant. Le souhait que le futur leader puisse s’exprimer en français risque de disparaître.

De façon plus significative, les enjeux franco-ontariens en général pourraient aussi être en péril. Il faut résister à une dilution des récents engagements du parti. 

Il reste bien peu de temps pour les lobbies, comme l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, de reprendre leur travail de persuasion. Les Francos ont une grosse commande pour les quatre mois qui restent : voilà aussi ce que signifie le départ subit de Patrick Brown de la scène politique ontarienne en 2018.