Doug Ford, premier ministre ontarien

Difficile, l’an 1 de Ford en Ontario

ÉDITORIAL / Un an depuis l’élection de Doug Ford en Ontario : le feu roulant des coupes budgétaires, qui ont commencé dès les premiers jours du pouvoir, n’ont cessé et ne cesseront pas de sitôt. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour éliminer le déficit de 11,7 milliards $ dont il a hérité des libéraux de l’ex-chef Kathleen Wynne.

Le Parti progressiste-conservateur a été kidnappé par Doug Ford, au lendemain de la démission de Patrick Brown sous des accusations non prouvées d’agression sexuelle. En 10 semaines à peine, M. Ford tenait le Parti PC bien en mains, avec un chèque en blanc en poche. Il a choisi d’y aller avec un message populiste de redressement des finances publiques et il n’a plus regardé derrière lui. Il fonce tête baissée vers son objectif, qu’importe les conséquences.

Il a oublié au passage son engagement qu’aucun employé de l’État ne perdrait son poste dans l’opération dégraissage.

Presque tous les secteurs sont touchés. La santé est réformée avec ses Réseaux locaux intégrés de santé et de services sociaux qui sont profondément coupés. M. Ford a mis fin au programme d’assurance-médicaments gratuits pour les 25 ans et moins. L’environnement est une cible de choix : après qu’il ait mis fin au système de taxation du carbone, il a ratissé large en rognant dans le financement de sociétés de conservation, et dans une flopée d’initiatives vertes. Il a aussi mis fin au commissariat à l’environnement.

Au passage, M. Ford a coupé les fonds au Conseil des arts de l’Ontario et dans le financement des organismes de tourisme. Il s’en est pris à l’aide juridique et a taillé en pièces le financement de la recherche scientifique.

Il a mis en place d’importantes coupes au financement des universités et à l’appui financier des étudiants dans le besoin. Il a aussi interrompu l’augmentation du salaire minimum de 14 à 15 $. Il a taillé en deux le conseil municipal de Toronto.

N’oublions pas non plus la fermeture du Commissariat aux services en français et que l’Université de l’Ontario français est sur la glace.

Par contre, il a réitéré son appui aux réseaux de transport en commun de l’Ontario — une dépense de 1,2 milliard $ et il promet de libéraliser le commerce de l’alcool, toujours sous la poigne de vieux préceptes dépassés.

Doug Ford répond aux caractéristiques de politicien populiste. Il coupe le financement à plein d’initiatives peu populaires, mais considérées comme essentielles dans leur milieu. Il clame constamment qu’il travaille «pour le peuple» malgré qu’on sent qu’il travaille plus pour ses amis et son parti que pour la population en général.

Tout cela lui a valu, au bout d’une année, à une volée de bois vert de la part de l’électorat. Son taux d’approbation a glissé de 40 %, le jour du vote de 2018, à 22,4 % il y a deux semaines, selon le sondage Recherche Mainstreet. Il est en troisième place, loin derrière les libéraux — qui n’ont même pas un chef à offrir aux Ontariens — et les néo-démocrates dirigés par Andrea Horwath.

Le travail de restructuration des conservateurs est loin d’être terminé. Le déficit mettra quatre autres années à s’éliminer... un an après les prochaines élections. Ça, c’est si les progressistes-conservateurs sont réélus. Car avec la manière qu’il fonce tout azimut vers une Ontario nouvelle, il se met passablement de contribuables à dos. Il pourrait bien n’en rester qu’une poignée lors du rendez-vous avec l’électorat.

Les libéraux de Philippe Couillard n’auront été que le gouvernement d’un seul mandat : est-ce qui attend Doug Ford en Ontario ?