La cause de M. Diab a fait les manchettes depuis 10 ans à la fois pour la gravité des gestes dont il était soupçonné, et pour le processus par lequel il a été arrêté puis extradé en France en 2014.

Diab n’aura pas volé sa liberté...

ÉDITORIAL / La France a remis le Canadien Hassan Diab en liberté, hier. Cela met fin à une saga longue de 10 années pendant lesquelles il en a passé plus de trois en prison dans l’attente d’un verdict.

Il reste encore une possibilité d’un appel par le système de justice français mais il paraît bien que le lourd fardeau qui pesait sur ses épaules a été soulevé pour de bon. Une fois qu’il aura réglé ses papiers, il pourra revenir au pays auprès de sa famille et reprendre son emploi de professeur de sociologie à l’université.

La cause de M. Diab a fait les manchettes depuis 10 ans à la fois pour la gravité des gestes dont il était soupçonné, et pour le processus par lequel il a été arrêté puis extradé en France en 2014. 

Le nom de Hassan Diab est depuis longtemps relié à l’attentat de la rue Copernic, à Paris. Une bombe placée dans la sacoche d’une moto explose devant une synagogue, le 3 octobre 1980 : quatre personnes meurent, 46 sont blessés. Le suspect, qui serait lié à des militants palestiniens, court toujours. 

Divers indices mènent à M. Diab qui est arrêté à son domicile de Gatineau en novembre 2008. Comme le crime est très sérieux, il est emprisonné en attendant son renvoi vers la France. Un comité de défense des droits de ce Libanais d’origine est mis sur pied et obtient sa libération temporaire, à condition qu’il porte un bracelet GPS. Ce groupe de citoyens conteste le processus juridique qui ne requiert pas le même niveau de preuve qu’un procès au criminel au Canada. Le combat contre l’extradition durera six ans. Le système judiciaire canadien n’avait pas à déterminer hors de tout doute raisonnable de la culpabilité de Hassan Diab dans cette affaire. Ce dernier arguait qu’il y avait erreur sur la personne et qu’il était au Liban au moment de l’attaque terroriste.

Le Droit a défendu la ligne dure dans le dossier de M. Diab. Les preuves contre lui par l’État français semblaient faibles, certes, mais du point de vue du Canada, ce n’était pas un procès ordinaire, mais une procédure d’extradition. Et puis la gravité de cet attentat à la bombe, la cible potentielle — des juifs sortant d’une synagogue alors que les tensions avec Israël étaient très élevées —, la réaction dans l’opinion publique et l’incapacité d’identifier un meilleur suspect justifiaient, à notre avis, que M. Diab subisse le test des tribunaux français. Évidemment, cette perspective n’avait rien de réjouissant pour lui ; le fardeau de la preuve n’est pas le même en France qu’au Canada. 

Le Droit estimait par ailleurs que si M. Diab n’était pas coupable, comme il l’a toujours prétendu, il n’avait donc rien à craindre du régime juridique français.

Hassan Diab a finalement eu gain de cause. Ses proches et lui ont toutes les raisons de se réjouir aujourd’hui.

Maintenant, il s’en trouvera pour réclamer réparation pour le traitement à l’endroit de M. Diab. C’est l’époque. Après la compensation record de 10,5 millions $ versée à Omar Khadr, certains verront dans la disculpation de Hassan Diab une raison d’exiger réparation soit du gouvernement canadien, soit du gouvernement de la France.

À cela, il faut fermer la porte immédiatement. Le Canada a suivi les règles. 

Les crimes étaient graves, le niveau de suspicion élevé. S’il a un recours, il doit l’exercer à l’endroit de la France. Pour le reste, le Canada doit souhaiter la bienvenue à Hassan Diab et espérer qu’il retrouvera la quiétude de son foyer et de sa famille après une décennie de tourments.