Dans son discours sur l’état de la Ville d’Ottawa, mercredi, le maire Jim Watson s’est fait plaisir avec son bilan, mais a tristement failli au second.

Deux trous dans le bilan de Watson

ÉDITORIAL / En politique, lorsqu’un élu pose un bilan, il énumère évidemment ses accomplissements préférés. Mais il est galant et souvent utile, au passage, de souligner ce qui fait plaisir à ses commettants. Dans son discours sur l’état de la Ville d’Ottawa, mercredi, le maire Jim Watson s’est fait plaisir avec son bilan, mais a tristement failli au second. Cela donne l’impression qu’il est véritablement agacé par les récriminations de la communauté francophone.

Certes, plusieurs Franco-Ontariens ne ratent pas une occasion de lui reprocher ce manque d’enthousiasme à leur endroit.

Les Vaniérois n’utilisent pas des mots tendres pour lui reprocher son appui au déménagement de l’Armée du Salut de la Basse-Ville vers le chemin Montréal. Le maire donne l’impression que son idée est figée depuis longtemps et qu’il n’a que faire des craintes des citoyens effrayés par l’ambitieux projet d’un centre d’hébergement de 350 lits au cœur de Vanier. Il laisse le conseiller Mathieu Fleury prendre le leadership dans ce dossier controversé. Des milliers de citoyens sont mobilisés à la fois par les impacts délétères qu’amèneront des centaines de bénéficiaires de l’aide de l’Armée du Salut sur les environs, et par l’approche curative traditionnelle — dépassée, arguent certains — de l’organisation de bienfaisance.

Le maire s’est limité à quelques commentaires succincts à ce sujet et envoie le signal qu’il aimerait tourner la page sur la question. La communauté, elle, n’entend pas lui donner raison et a l’intention de porter le litige devant la Commission des affaires municipales de l’Ontario, un arbitre indépendant.

M. Watson aurait pu prononcer quelques mots compatissants envers les Vaniérois qui ne partagent pas son idée. Ça ne lui aurait rien coûté et lui aurait rapporté un petit capital de sympathie. Il a beau ne pas entrevoir d’adversaire sérieux à l’horizon pour l’élection municipale de l’automne, il paraît illogique de gaspiller des votes faciles.

De la même manière, le maire n’a pas cru bon de souligner la reconnaissance juridique du français dans la Loi sur la ville d’Ottawa. Il ne s’est pas opposé au projet de loi déposé par la députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers parce qu’à ses yeux, il ne faisait qu’enchâsser le statu quo. Mais des milliers de Franco-Ontariens considèrent cela comme une avancée qui les protège d’un éventuel recul que pourrait manigancer un adversaire aux droits des francophones. Qu’est-ce que cela lui aurait coûté de dire quelques mots d’inclusion ?

Dans l’un et l’autre des cas, une ou deux phrases auraient suffi pour marquer des points politiques. Il aurait pu reconnaître le litige à Vanier et souhaiter qu’un dialogue ouvert trace la voie à une solution acceptable pour tous. Il aurait pu prendre acte l’importance de l’officialisation du statut du français à Ottawa. Il n’avait même pas besoin d’y croire de toutes ses tripes, juste quelques mots d’empathie.

À la place, le maire Watson s’est embourbé dans de maladroites justifications à l’effet que son discours ne devait pas être trop long. Il a cependant pris le temps de parler du taux d’occupation dans les hôtels d’Ottawa, de l’approbation d’une flopée de projets immobiliers, et du nombre de milliers de tonnes de gaz à effet de serre qui seront économisés avec le futur train léger, etc.

Jim Watson a raté une bonne occasion de marquer des points auprès de l’électorat franco-ontarien qui, malgré ces déceptions, lui réitère sa confiance depuis qu’il est en politique. Ça ne lui ressemble pas.