Le maire de Gatineau a profité du passage de Philippe Couillard dans la région pour dénoncer « les actions à la pièce » de Québec en Outaouais en santé et en éducation.

Deux constats... mais une réalité

ÉDITORIAL / Les deux constats sont radicalement différents. D’un côté, Philippe Couillard clame que « l’Outaouais va mieux ». De l’autre, le maire de Gatineau qui avance que « nous constatons que l’Outaouais a du retard [...] en santé, en éducation en transport, en culture, en exportation de biens et de services ». Qui dit vrai ?

Répondu rapidement : Maxime Pedneaud-Jobin. 

La vision du chef du Parti libéral n’est pas totalement fausse. En tournée en Outaouais, jeudi et tôt vendredi, il a repris son refrain d’un Québec regaillardi par les mesures d’austérité que son gouvernement a mises en place en 2014 et 2015. On s’en souviendra. En santé, en éducation et dans les services communautaires notamment, le Québec a freiné les dépenses de façon majeure, provoquant des interruptions momentanées de service, voire des fins de service. L’ampleur des restrictions a été bien documentée, notamment par la Protectrice du citoyen. L’objectif du gouvernement : de rétablir l’équilibre budgétaire afin de « développer des marges de manœuvre ». Il y est allé fort, dégageant des profits plus qu’aisés de l’ordre de 3 à 5 milliards $. 

Un des exemples soulevés par M. Couillard est relié à cette austérité : la création d’une faculté-satellite de médecine, qui doit accueillir ses premiers étudiants en 2020. C’est quatre ans plus tard que prévu. Planifiée dès 2014 pour une ouverture en 2016, l’aventure s’est embourbée dans les délais imposés par un gouvernement qui se refusait à toute nouvelle dépense, et qui a gagné deux ans pendant lesquelles il redressait les finances publiques. Ce n’est qu’en 2016 que la faculté de médecine a été confirmée... et sa réalisation ne viendra que quatre années plus tard. (Si rien ne vient entre-temps.)

Alors quand le chef libéral se pavane en clamant qu’il « n’y a pas de plus belle façon [...] de développer le système de santé que de former des médecins dans la région », il enfile ses lunettes roses par dessus ses lunettes roses. 

Et lorsqu’il « va réaliser le train léger entre le côté du Québec et le côté de l’Ontario », ou qu’il va « doubler la 50 d’un bout à l’autre » sans avancer d’échéancier, ce sont encore des paroles pas mal vides de sens. Ce train ne verra pas le jour dans le prochain mandat, ni dans le mandat subséquent. Doubler l’autoroute 50 ? Il faudra encore 10 ans entre les études environnementales qui n’ont pas été commandées encore et cette ouverture « d’un bout à l’autre ».

Face à cela, le maire de Gatineau se veut pragmatique à souhait. Pas pessimiste, pragmatique. 

Ainsi, M. Pedneaud-Jobin dénonce « les actions à la pièce » de Québec en Outaouais en santé et en éducation. L’attente à l’urgence traîne encore dans les 15, 16 heures. Il y a encore environ 30 000 résidants de l’Outaouais qui n’ont pas accès à un médecin. Les temps d’attente tournent toujours autour de 800 jours (!), au lieu des 500 ailleurs au Québec. Il s’agit du deuxième pire total de la province. Et en éducation, l’Université du Québec en Outaouais attend toujours son unification sous un seul pavillon tandis que les cégeps n’arrivent pas à offrir les programmes pour lesquels les jeunes traversent à Ottawa, vers le collège La Cité, notamment. 

Ce ne sont pas là des signaux d’alarme qu’envoie le maire de Gatineau, mais des constats qui font dire qu’il y a un réel retard en Outaouais par rapport au reste du Québec. Tout ce rattrapage ne pourra se faire en un an, ni même en un mandat. Mais après 15 années de règne libéral presqu’ininterrompu, il y a des lunettes roses qui doivent être enlevées avant de prétendre que « l’Outaouais va mieux »...