Le CISSSO a pigé dans les fonds du budget spécial pour agrandir l'hôpital de Papineau et pour créer la nouvelle urgence de l'hôpital de Gatineau.

Détourné, le statut particulier !

ÉDITORIAL / Il ne reste plus grand-chose du statut particulier de l’Outaouais en santé. Les millions de budget spécial sont toujours au rendez-vous, même qu’ils ont augmenté un peu. Ils sont passés de 20 millions $, en 2007, à 24,5 millions $ par an. Mais ils servent à défrayer des dépenses qui, ailleurs, font partie des budgets courants. Ce qui contredit, en quelque sorte, la nature même d’un statut particulier.

Car à quoi bon un statut particulier si c’est pour puiser dedans pour défrayer des dépenses de tous les jours ?

Le statut particulier, au départ, devait servir à payer des primes de rétention aux infirmières qui songeaient à aller travailler en Ontario. Il fallait aussi réduire le recours aux agences privées qui se nourrissaient de ces défections. Le programme incluait les médecins et autres professionnels. Les sommes devaient aussi défrayer le rapatriement des malades de l’Ontario vers le Québec. Ces dépenses tombaient sous le sens. 

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais aurait puisé dedans pour augmenter le nombre de patients qui ont un médecin de famille que nul n’aurait été surpris non plus. En 2016 en Outaouais, le taux était inférieur à 70 %, en deçà de la norme des régions du Québec. Il atteint aujourd’hui 80 %, en plein la moyenne provinciale.

Mais le CISSSO s’en est aussi servi pour améliorer l’accès aux services médicaux, ce qui était un des objectifs accessoires de 2007.

Alors au fil des années se sont ajoutés d’autres déboursés comme la nouvelle urgence de l’hôpital de Gatineau et l’agrandissement de l’hôpital de Papineau. Ces sorties d’argent ont été accompagnées d’un accroissement des dépenses de fonctionnement... qui a été puisé dans l’enveloppe du statut particulier. Le service d’aide téléphonique et d’intervention de crise Info-Social en profite également. La centrale régionale de rendez-vous aussi. Idem pour la faculté-satellite de médecine de l’Université McGill. Et le Centre de cancérologie. Alouette.

Au point où en 2013, 85 % du budget du statut particulier servait à défrayer des dépenses courantes. 

« On agrandit, notre capacité augmente, donc ça prend des ressources supplémentaires », avait expliqué Jean Hébert, le patron du CISSSO en 2015. 

Déjà en février 2011, Le Droit statuait que ce statut particulier devait « être bonifié ». En 2016, l’ex-député libéral de Chapleau, Marc Carrière, remettait en question ces dépenses. Légitimes ? « Non », avait-il répondu. Sa collègue Maryse Gaudreault, dans Hull, renchérissait en disant que ces mesures devaient viser l’accessibilité aux soins et à l’attraction et à la rétention de professionnels.

Quant à Stéphanie Vallée, alors ministre responsable de l’Outaouais, elle reconnaissait qu’un budget de fonctionnement de salle d’urgence ne devrait pas nécessairement provenir de l’enveloppe du statut particulier.

Bref, cela avait pris neuf années de statut particulier avant que des élus commencent à se poser des questions sur l’enveloppe de 20 millions $ et son utilisation.

Onze années plus tard, le constat demeure le même. Il est incompréhensible que le statut particulier de l’Outaouais en santé serve à payer pour des services qui relèvent des budgets d’exploitation normaux constatés ailleurs au Québec. 

En ce sens, il est clair aujourd’hui que l’argent du statut particulier a été détourné, non pas en tout, mais en partie, ce qui a prolongé le retard chronique de l’Outaouais, retard qui se poursuit toujours. 

Il reste à voir ce que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec fera de son engagement de bâtir un nouvel hôpital de 170 lits, et du budget du statut particulier, précisément.