Malheureusement, qu’importe la couleur, que ce soit à Québec ou à Ottawa, les élus qui forment le gouvernement finissent toujours par finasser et confondre campagnes partisanes et campagnes d’information, et ce, même s’ils dénonçaient cette façon de faire lorsqu’ils étaient dans l’opposition, écrit notre éditorialiste.

Des publicités de trop

ÉDITORIAL / «Ce n’est pas des campagnes partisanes, c’est des vraies campagnes d’information», a répliqué la semaine dernière le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, au député caquiste Éric Caire qui dénonçait «l’orgie de dépenses, de publicités partisanes» du gouvernement. Qui l’a cru?

Les contribuables préféraient sûrement que le gouvernement, qu’importe le parti au pouvoir, utilise les millions de dollars de fonds publics qu’il consacre à cette pseudo information pour financer plutôt des services directs et de véritables compagnes de sensibilisation sur des problématiques précises.

«Le gouvernement a la responsabilité d’expliquer le sens de ses actions ainsi que ses retombées», a fait valoir M. Arcand, à l’Assemblée nationale. 

S’il y a un domaine où le gouvernement pourrait imposer une rigueur budgétaire permanente, c’est bien celui-là. 

Plutôt que d’accaparer des fonds publics pour mousser son plan économique et répéter «qu’ensemble, on fait avancer le Québec», ce serait davantage dans l’intérêt des Québécois de donner quelques bains de plus aux personnes hébergées dans les CHSLD, des heures de soins à domicile de plus, des heures supplémentaires de soutien professionnel aux élèves en difficulté, d’alléger le fardeau du personnel soignant dans les hôpitaux et les centres d’hébergement.

Or malheureusement, qu’importe la couleur, que ce soit à Québec ou à Ottawa, les élus qui forment le gouvernement finissent toujours par finasser et confondre campagnes partisanes et campagnes d’information, et ce, même s’ils dénonçaient cette façon de faire lorsqu’ils étaient dans l’opposition.

La tenue d’élections à date fixe rend la manœuvre encore plus prévisible et discutable.

Sous prétexte de fournir de l’information sur la dernière mise à jour économique ou le dernier budget, un gouvernement peut rafraîchir son image aux frais des contribuables. La tentation est d’autant plus forte s’il est en baisse dans les sondages et que la course s’annonce serrée. Le parti au pouvoir est injustement avantagé.

Ce sont du moins les règles du jeu qui prévaudront cette année puisque le Directeur général des élections a décidé d’observer le comportement des acteurs durant la prochaine campagne avant de déterminer s’il faut resserrer les règles pour celle de 2022.

Selon la Coalition avenir Québec (CAQ), en 2014-2015, les libéraux ont consacré 200 000 $ à la promotion de leur plan économique. La facture s’élevait à 5 millions $ pour les neuf derniers mois de 2017.

Les libéraux feraient bien de ne pas penser que tout est permis, que la présentation prochaine du budget autorise à multiplier les publicités au cours des prochains mois. Personne n’est dupe du caractère promotionnel de celles-ci. Cela peut se retourner contre eux. Comme cette publicité contre la CAQ pour laquelle les libéraux n’avaient pas demandé l’autorisation des Productions Porte Parole avant d’utiliser la voix de la comédienne et auteure Christine Beaulieu.

Ressortir, comme l’a fait M. Arcand, que les péquistes ont dépensé plus de 35 millions $ pour des campagnes de publicité sous le gouvernement Marois — comparativement à 19 millions $ pour le gouvernement libéral de janvier à novembre 2017 — et rappeler qu’un sommet a été atteint en 2002 par le PQ alors que François Legault, aujourd’hui chef de la CAQ, était toujours membre de cette formation, est aussi un argument boiteux.

Ce n’est pas parce que tous les élus le font à tour de rôle que la pratique et les dépenses engagées deviennent acceptables aux yeux des contribuables.