Le chef du parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

Des promesses inaperçues

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a dévoilé deux éléments clefs de son programme politique cette semaine : d’abord, une baisse universelle des impôts sur le revenu, puis une baisse de l’aide aux entreprises. Ce sont deux mesures phares qui s’inscrivent tout à fait dans la pensée conservatrice.

Mais ces annonces sont passées presque inaperçues devant la tempête médiatique qui a marqué le Canada à la suite de la publication de photos montrant le chef du Parti libéral déguisé et le visage peint en noir dans le style « blackface » populaire entre 1850 et 1960. 

Les conservateurs ne sont pas innocents dans toute cette affaire, puisqu’ils ont admis avoir coulé au moins une des photos compromettantes de Justin Trudeau à un réseau de télévision. 

D’une certaine manière, ils ont eux-mêmes court-circuité la campagne électorale fédérale, lui dérobant deux éléments de substance et les interchangeant pour un débat vain et superficiel. C’est de la propre faute des conservateurs si l’on constate que la campagne est détournée des enjeux de fond, qui touchent l’ensemble des Canadiens.

Mais Justin Trudeau n’aide pas sa cause en étant incapable de préciser s’il n’y aurait pas d’autres photos « compromettantes » de lui, malgré ses excuses répétées aux personnes victimes de racisme. 

Mais revenons à la coupure annoncée par M. Scheer.

Il retrancherait 1,25 % au premier palier fédéral d’imposition. La baisse de 15 % à 13,75 % serait répartie sur trois années. Tous les contribuables verraient leurs impôts diminuer.

Le coût de cette mesure ? Pas moins de 6 milliards $, une somme considérable pour un futur gouvernement qui serait déjà confronté à sa volonté de mettre fin aux déficits des libéraux. M. Scheer a déjà retardé son plan d’équilibre budgétaire, originalement prévu sur deux ans, à cinq ans, au-delà d’un mandat électoral donc. 

Il s’agit du premier engagement d’envergure dévoilé par un parti politique au cours de cette campagne. Et il est de taille. Six milliards $, c’est la même somme que Stephen Harper avait engagé lorsqu’il a annoncé qu’il réduirait la TPS de 7 % à 6 %, puis à 5 % — et au coût d’un autre 6 milliards $ — en 2006, puis en 2007. 

L’autre annonce que M. Scheer a faite est de promettre une réduction de 7 milliards $ à 5,5 milliards $ l’aide financière aux entreprises. Cette économie de 1,5 milliard $ ne suffira absolument pas à compenser la promesse de la baisse d’impôt de 6 milliards $, et il faudra s’attendre à d’autres mesures dans les quatre semaines qu’il reste avant le scrutin.

Ces réductions des coûts aux contribuables s’avèrent des éléments majeurs qui s’inscrivent en droite ligne dans la pensée conservatrice.

Ils ne favorisent pas les grands plans ambitieux d’investissement dans le transport en commun, comme l’ont fait les libéraux depuis quatre ans, ou l’assurance-médicaments pour tous, comme le souhaite le Nouveau Parti démocratique.

Pour le reste, les bleus y vont pour des mesures à la pièce qui relèvent du clientélisme cher à M. Harper. Notamment le retour des crédits d’impôt pour les activités de loisir des enfants et celle pour compenser les coûts du transport en commun.

Préférez-vous un gouvernement qui aligne les déficits, mais qui investit des milliards dans le transport en commun, par exemple, ou préférez-vous un gouvernement qui vous aide à déduire les frais de transport en commun ? Voilà les choix de société auxquels sont confrontés les Canadiens. Réponse le 21 octobre.