Marguerite Blais

Des maisons qui font rêver

ÉDITORIAL / Marguerite Blais a trouvé le moyen de faire rêver les aînés du Québec, et tous ceux qui s’intéressent à leur sort, notamment leurs proches. Il lui reste maintenant à livrer la marchandise, c’est-à-dire procéder à l’inauguration des premières Maisons des aînés... quelque part en 2022. Il faudra donc de la patience.

Il faudra aussi de la compréhension, car il n’y aura pas de place pour tous les aînés du Québec. De fait, les 2600 places promises dans les nouvelles Maisons des aînés ne suffiront même pas à épuiser la liste d’attente du ministère, qui est à 3154 noms. Mais c’est un très bon départ.

Mme Blais est une convaincue. Il y a eu des yeux écarquillés lorsqu’elle a annoncé, en 2018, qu’elle reprenait du service en politique, mais pour la Coalition avenir Québec au lieu du Parti libéral du Québec. Elle avait servi les libéraux de 2007 jusqu’en 2015, jusqu’après le décès de son mari. Elle avait quitté pour prendre du repos, après huit années en politique et après du temps à servir comme proche aidante.

Il y avait aussi un peu de rancœur, mais sans gros mots, à l’endroit de Philippe Couillard, qui avait refusé de la nommer ministre responsable des Aînés, après qu’elle eut occupé ce poste sous Jean Charest.

Après trois années de repos, elle a répondu aux appels de la population qui l’exhortait à reprendre du service au nom des aînés. Elle a de la suite dans les idées.

Ses dossiers des personnes âgées, elle les suit de près. Elle a mis une année à visiter 84 centres de personnes âgées, ces fameux CHSLD aux quatre coins du Québec. Elle a pris le dossier de ces Maisons des aînés dont la CAQ avait fait promesse, et elle a réussi à débloquer 2,6 milliards $ pour la construction de 2600 places dans des Maisons des aînés toutes neuves, et la rénovation de 2500 places en CHSLD. L’argent est là... et on peut remercier le Parti libéral d’avoir si bien (sic) géré les finances publiques au cours de son mandat de quatre ans. La CAQ se retrouve maintenant avec de larges surplus budgétaires, ce qui lui permet d’en dépenser une partie pour répondre à ses engagements électoraux.

Qu’auront l’air ces Maisons des aînés ? Difficile à dire, quoique les croquis publiés ces derniers jours donnent à tous l’envie d’aller y demeurer, même les plus jeunes. Nous parlons de maisons divisées en unités de 12 chambres, climatisées et avec des salles de bain privées, organisées autour d’espaces extérieurs et des espaces communs pour accueillir famille et amis.

Tout cela doit être accessible aux mêmes tarifs qu’avant. Les maisons nouvelles et les rénovations ne seront pas une occasion pour l’État de se regarnir les poches. Du moins le promet-on.

Évidemment, ces Maisons des aînés paraissent comme des milieux de vie idéaux. Il restera à les doter d’équipes de soins, ce qui sera une autre paire de manches. Il y a une sévère pénurie de personnel dans les CHSLD existants. Il est trop facile de prévoir qu’il y aura du mouvement latéral d’employés quittant leurs vieux CHSLD vers les nouvelles Maisons des aînés. Cela créera des vides.

L’immigration devrait combler une bonne partie de cette demande... si la CAQ le permet. Elle n’est pas très ouverte à l’idée.

« Moi je fais le pari, a lancé la ministre Blais. On va attirer du personnel pour y travailler. »

Et puis, il y a la question de leur emplacement. Y en aura-t-il en Outaouais ?

La ministre répondra quelque part au printemps. Mais on ne peut discréditer la foi de Marguerite Blais.