Les universités, mais aussi les cégeps, comptent de plus en plus sur les étudiants internationaux notamment pour contrer le déclin démographique qui, dans certaines régions, pourrait mettre en péril des programmes.

Des étudiants payants

ÉDITORIAL / Le nombre d’étudiants internationaux a augmenté ces dernières années dans les universités québécoises. Pour que la hausse se poursuive, il faudra que les droits de scolarité exigés demeurent compétitifs malgré la déréglementation annoncée par la ministre Hélène David, et que la qualité de l’enseignement et de la recherche soit au rendez-vous. Pour ce faire, le sous-financement devra bel et bien être corrigé.

Les universités, mais aussi les cégeps, comptent de plus en plus sur les étudiants internationaux notamment pour contrer le déclin démographique qui, dans certaines régions, pourrait mettre en péril des programmes. Le Québec n’est pas seul dans ce vaste «marché» des étudiants internationaux que l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) évaluait à 4,5 millions en 2015. D’autres provinces canadiennes et d’autres pays cherchent aussi à se démarquer et à les attirer sur leur campus.

En 2016-2017, le Québec accueillait 44 236 étudiants non québécois dans ses 19 universités, dont près de 70 % étaient des étudiants internationaux. Avec sa nouvelle politique de financement, Québec souhaite que leur nombre augmente de 15 %.

La ministre de l’Enseignement supérieur donne plus de latitude et de moyens aux universités pour atteindre cet objectif. Elle étend à tous les programmes de baccalauréat- et non plus seulement à six familles d’études- la déréglementation des droits de scolarité que doivent payer certains étudiants internationaux. Pour ne pas que les universités francophones soient en reste par rapport à leurs homologues anglophones, le ministère leur allouera 9000 $ par recrue provenant de l’étranger.

Très bien, mais même si un établissement peut réclamer 15 000 $, 25 000 $ voire 40 000 $ par année à certains étudiants (environ le quart des étudiants internationaux), cela ne gomme pas le manque de financement auquel les universités québécoises font face. 

Même si elles ont réagi positivement aux nouveaux paramètres de la politique de financement, les universités estiment que le financement global demeure un défi puisqu’un «écart significatif» subsiste avec les établissements des autres provinces. Elles se gardent toutefois de chiffrer l’écart.

«Toute la société québécoise a intérêt à ce que les programmes d’études universitaires et les diplômes qui les sanctionnent soient ici de qualité égale à ce que l’on retrouve ailleurs au pays», soutient le Bureau de coopération interuniversitaire.

Il y a en effet le coût de la formation, mais la qualité de celle-ci, que l’on soit Québécois ou étudiant étranger. 

Jeudi, lors du dévoilement de sa politique, Mme David a balayé les critiques sur le manque à gagner des universités, rappelant que le montant identifié a fluctué selon les années (400, 350, 700, 800 millions $), selon les acteurs (les directions d’établissement, les syndicats, les étudiants, les professeurs] et selon les éléments retenus pour établir la comparaison. 

Selon la ministre, le 1,5 milliard $ que Québec prévoit investir d’ici 2022-2023 est «extrêmement intéressant». 

Le hic est que cette somme ne fait que compenser ce qui a été perdu pendant les années où le gouvernement Couillard a limité la croissance des dépenses en enseignement supérieur, et que moins de 200 millions $ seront disponibles cette année. Rien n’est garanti pour le futur, d’autant plus avec un changement de gouvernement. 

Les étudiants ne manifestent pas comme en 2012. La population n’est pas déchirée sur la question des droits de scolarité. La paix sociale règne. La ministre vient aussi d’établir des balises pour encadrer et limiter la rémunération des recteurs et du personnel de direction. Mais encore? L’enseignement supérieur doit se retrouver dans les priorités après le 1er octobre.