Éric Girard, ministre québécois des Finances.

Des énoncés qui divergent

ÉDITORIAL / Le Québec et l’Ontario ont déposé leurs énoncés économiques, et ils ne peuvent être plus distancés l’un de l’autre. Le Québec nage dans les surplus financiers, tandis que l’Ontario patauge encore dans les déficits. Les surplus du Québec sont si importants qu’il leur faudra une réelle crise économique pour retomber dans l’encre rouge, ce que personne ne souhaite. De son côté, l’Ontario est si profondément engouffré dans un déficit qu’il faudra plusieurs années d’austérité avant de s’en sortir.

Les énoncés économiques s’avèrent une nouvelle réalité dans le monde de la finance. Cela a commencé lors de la crise budgétaire de 2008 lorsque l’urgence d’agir était de mise et que personne ne pouvait attendre les budgets réguliers, en mars ou avril. Puis, des gouvernements nouvellement élus à l’automne se sont mis à y annoncer deux ou trois mesures plus pressantes, en ligne avec leurs promesses électorales. Cela n’est ni le cas de la Coalition avenir Québec, ni du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Ils sont fermement en selle, 12 ou 18 mois après leur élection, et rien n’urge... autre que le désir de faire plaisir à leurs électeurs. Ce qu’ils font avec empressement.

Au Québec, le gouvernement de la CAQ s’est limité à trois initiatives majeures : la bonification de l’allocation famille, le tarif unique pour les garderies subventionnées et les stationnements des hôpitaux.

L’allocation est la plus importante car elle représente une hausse de revenus de 779 $ par enfant pour quelque 680 000 familles du Québec. L’allocation passera de 1735 $ à 2515 $ par enfant. Le tarif unique pour les garderies ramènera le coût par enfant à 8,25 $ par jour par enfant, alors qu’il était haussé jusqu’à 21 $ pour les familles à haut revenu. Enfin, les tarifs de stationnement seront plafonnés entre 7 et 10 $ par jour, selon les régions.

Ces trois éléments étaient cruciaux pour la CAQ, qui les avait martelés à l’automne 2018. Ils représenteront 857 millions $ de nouvelles dépenses... alors que le surplus budgétaire du Québec sera de 1,4 milliard $ — en réalité, l’excédent des revenus sera donc de 2,3 milliards $. Cela est une heureuse surprise pour le ministre des Finances, Éric Girard, qui avait annoncé un budget équilibré cette année, sans déficit, sans surplus.

(Pour l’an passé, il a été permis de constater un surplus budgétaire de 4,8 milliards $, alors qu’on avait annoncé 4,4 milliards $ précédemment.)

Mais il faudra faire attention. Un ralentissement économique serait en marche et le Québec, qui prévoit une croissance solide à 2,4 %, ne pourra compter là-dessus indéfiniment.

En Ontario, la situation est à l’inverse. Le déficit est encore de 9 milliards $, en hausse par rapport aux 7,4 milliards $ de l’an passé. Mais le gouvernement de Doug Ford a semblé apprendre de ses erreurs passées. L’année dernière, il avait assommé la communauté francophone en annihilant le Commissariat aux services en français et en remettant dans l’avenir la création de l’Université de l’Ontario français. Cette dernière est réglée, avec l’infusion de 63 millions $ du fédéral, auxquels seront ajoutés 63 millions de Queen’s Park dans quatre ans. Cette année donc, aucune coupure. Même qu’il en ajoutera 1,3 milliard $ pour les villes, en santé et pour l’autisme.

Doug Ford comptera sur la croissance économique pour régler son déficit. Il a semblé comprendre le message pendant sa longue pause estivale, qui a correspondu — et plus encore ! — à la campagne électorale fédérale. Il a un nouveau ton, plus conciliant. Souhaitons que ça dure. Et au Québec aussi, souhaitons que ça dure !