Pierre Jury
Un producteur de cinéma, Harvey Weinstein, est accusé par des dizaines de femmes de diverses agressions sexuelles.
Un producteur de cinéma, Harvey Weinstein, est accusé par des dizaines de femmes de diverses agressions sexuelles.

Début du procès le plus médiatisé

ÉDITORIAL / Replaçons-nous à la fin de 2017. Un producteur de cinéma, Harvey Weinstein, est accusé par des dizaines de femmes de diverses agressions sexuelles. Et pas les plus anonymes. Certaines sont très connues : Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Uma Thurman et Léa Seydoux, entre autres. Le dévoilement de ces actes fortement répréhensibles agit comme un barrage qui s’effondre.

Ce fut le tsunami au point où un nouveau mot-clic, #MeToo (et sa version française, #MoiAussi) a été créé pour fédérer tout le mouvement des victimes alléguées.

Cette affaire avait pris une envergure internationale car elle avait démarré un lot de dénonciations un peu partout à travers le monde. Le Canada n’y avait pas échappé et deux hommes en particulier, dans le milieu des communications et du spectacle, avaient été pointés du doigt : Éric Salvail et Gilbert Rozon. Le procès du premier s’est entamé en novembre, et les plaidoiries se tiendront en février. Dans le cas du second, nous attendons maintenant la date de son procès.

Deux ans et quelques mois donc après les premières divulgations, les procès débutent. À New York, hier, c’était les premiers pas du procès le plus couru et le plus médiatisé, celui de Harvey Weinstein, si ce n’est qu’en raison de la brochette de vedettes qui ont été des victimes alléguées.

M. Weinstein, âgé de 67 ans, s’est présenté sous des airs assez diminués, marchant avec peine, avec une marchette. A-t-il bien appris ses leçons des nombreuses actrices, ou souffre-t-il vraiment ? Personne ne sait vraiment. Ce pourrait être du théâtre, suggéré par ses avocats, ou ce pourrait être véridique. Mais il faisait soudainement son âge alors qu’il y a une année, il marchait sans peine.

Il n’est accusé que par deux femmes, tous les deux sous des chefs d’agression sexuelle. Le premier cas remonte à 2006, et touche une ex-assistante de production nommée Mimi Haleyi. Le second, une affaire de viol en 2013, a été déposé par une accusatrice dont l’identité est demeurée anonyme jusqu’à ce jour. Ce sont les deux cas où la poursuite estime avoir les meilleures chances de faire déclarer coupable M. Weinstein. Comme on peut s’y attendre, ce sera davantage une question de droit que de justice, où les avocats de chacune des parties rivaliseront d’audace pour faire avancer leur théorie.

Au Canada, l’affaire n’est pas sans rappeler celle de l’animateur de radio de la CBC, Jian Gomeshi, en 2015. Il a été accusé de quatre chefs d’agression sexuelle et a été blanchi en 2016. La raison principale ? Les témoignages des victimes avaient affaibli le dossier de la Couronne, le juge accusant les victimes de « mensonge ou de tentative de camoufler des preuves à la cour ». Ce qui semblait comme un procès avec de très fortes chances d’inculpation, au départ, s’est soldé par une brillante victoire de M. Gomeshi et de son avocate, Mary Heinen.

Dans le dossier de Harvey Weinstein, les preuves semblent accablantes. Mais comme le tribunal ne sera concerné que par deux victimes, l’incertitude plane sur toute cette histoire.

Dans le tribunal de l’opinion publique, M. Weinstein est déjà reconnu coupable. Le simple nombre de vedettes qui ont témoigné des pressions accablantes que Harvey Weinstein mettait sur les femmes qui aspiraient à une carrière cinématographique paraît comme une preuve irréfutable. Mais c’est devant un vrai tribunal, devant un vrai juge, devant de vrais jurés, que tout se passera, non pas devant l’opinion publique. L’incertitude du résultat ne sera que plus grande.