Le ministre des Finances, Carlos Leitao, a déposé le nouveau budget provincial, hier à Québec.

De tout pour tous

ÉDITORIAL / Trois ans de coupures, une année de bonbons : la formule de Nicolas Marceau est simpliste, mais pas très loin de la vérité. Parce que c’est ce qu’a déposé le ministre des Finances, Carlos Leitao, hier à Québec. De tout pour tout le monde... jusqu’à l’élection du 1er octobre prochain. Après, on verra !

Le ministre libéral y est allé fort de tous les côtés de la cuillère. À commencer par la santé (+ 4,6 %, 38,9 milliards $) et l’éducation (+ 5 %, 18,9 milliards $), les deux plus importants postes budgétaires de l’État québécois. Mais il a été généreux dans à peu près tous les programmes qu’il a pu trouver : aide à l’achat d’une première maison, prolongation du crédit d’impôt RénoVert, bonification du soutien aux aidants naturels, baisse de 8 à 4 % des impôts des entreprises de services et de construction, financement du Réseau express métropolitain, de la ligne bleue du métro de Montréal et du circuit de tramway de Québec, 250 millions $ pour les chauffeurs de taxi, aide au transport aérien régional, appui à la politique bioalimentaire, etc. 

M. Marceau, critique des Finances pour le Parti québécois, en perdait son latin. Tout comme le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, et la co-chef de Québec solidaire, Manon Massé. Non pas qu’ils étaient contre les initiatives mises de l’avant par le ministre Leitao, mais bien qu’ils en auraient fait tout autant... mais pas nécessairement les mêmes. 

Voilà l’effet d’un budget électoral : il provoque des envieux partout, tandis que le parti au pouvoir se défend de bien livrer. 

Le ministre Leitao avait quand même plusieurs as dans sa manche, ce printemps. L’économie roule à fond, l’emploi est prometteur, plus bas qu’à Ottawa même (6,1 % vs 6,3 %). Les coupures des deux, trois dernières années ont donné tous les fruits espérés, et plus encore. Les taux d’intérêt sont encore assez bas et le Fonds des générations grossira de 2 milliards $. Le budget est équilibré, un fait d’armes exceptionnel. 

Nous sommes bien loin de « l’effort national » de 2014 qui signalait l’austérité du début des années libérales du gouvernement de Philippe Couillard.

Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Plusieurs des initiatives libérales annoncées hier pourraient bien ne jamais voir le jour. D’abord, il y a le simple fait que l’ensemble des mesures de ce budget est insoutenable. Elles sont attrayantes et attirantes, mais plusieurs ne pourraient être offertes sur plusieurs années. Elles sont trop généreuses, et pour trop longtemps. Dix ans de prolongation du Programme québécois d’immobilisations : sur quelle planète vit le ministre Leitao ?  

Et puis il y a les grandes incertitudes sur l’économie québécoise, canadienne et mondiale. 

Donald Trump désire resserrer les économies nationales pour aider celle des États-Unis : quels impacts ses menaces d’un plus grand protectionnisme américain auront-elles sur l’économie québécoise ? Quel impact un ralentissement du secteur immobilier canadien aura-t-il ? Et que penser du vieillissement de la population ? Ce sont autant de défis potentiels et le budget n’en fait aucune référence, comme si elles n’existaient tout simplement pas. À ce titre, le budget Leitao est carrément jovialiste. Mais nous n’avons pas à trop nous inquiéter. Les perspectives électorales des libéraux de Philippe Couillard sont modestes. Ou si nous avons à le faire, que le portrait économique du Québec aura considérablement changé d’ici un an. 

Et l’année de bonbons paraîtra loin derrière nous.