La crise ferroviaire, ou est-ce la crise autochtone, qui perdure depuis plus de deux semaines au Canada, n’est pas sur ses derniers milles. Au contraire, de nouvelles tentatives d’installer des barrages surviennent. 

Crise ferroviaire: un gouvernement effacé, pleutre

ÉDITORIAL / La crise ferroviaire, ou est-ce la crise autochtone, qui perdure depuis plus de deux semaines au Canada, n’est pas sur ses derniers milles. Au contraire, de nouvelles tentatives d’installer des barrages surviennent, comme sur la Rive-Sud de Montréal, jeudi. L’intervention de la cour et le fait que le barrage ne se retrouve pas sur une réserve, y a mis fin, mais on attendait encore l’intervention des forces de l’ordre, en fin d’après-midi.

Le gouvernement de Justin Trudeau, qui devrait prendre la pole position dans ce conflit de nature fédérale, multiplie les appels au calme... depuis une semaine. Peut-être veut-il illustrer l’écart qui sépare le Parti libéral du Canada du Parti conservateur, qui réclame de l’action contre les « militants radicaux » qui ont installé des barrages sur des chemins de fer dans une demi-douzaine d’endroits au pays. Ces barrages sont « illégaux », ont convenu les chefs Justin Trudeau et Andrew Scheer, mais cela ne veut pas pour autant dire que la Gendarmerie royale du Canada peut les démanteler manu militari dès qu’elle en reçoit l’ordre.

M. Trudeau s’illustre par son immobilisme jusqu’à maintenant. Alors qu’on le souhaiterait actif, imaginatif et ingénieux, il paraît à la place effacé. Peut-être souhaite-t-il être respectueux des conventions et de l’aspect explosif de la filière autochtone au Canada, mais il pèche par excès.

Ses émissaires, Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones, et Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones, ne font pas mieux.

Au point où ce sont les premiers ministres des provinces qui ont pris l’initiative de s’appeler et d’appeler le premier ministre Trudeau pour l’inviter à une conférence téléphonique pour explorer des pistes de solution. Ce qui est une manière polie de passer le message qu’ils sont excédés de la présente situation qui atteint des niveaux insoupçonnés. Des centaines d’employés ont été retournés à la maison, des millions de dollars en marchandises dorment dans les ports, en raison de cette crise fabriquée de toute pièce par quelques poignées de manifestants sans légitimité reconnue. Il leur suffit de se proclamer sympathisants des Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, pour interrompre tout le trafic ferroviaire au Canada.

Ce qui ne signifie pas qu’elle se défasse en criant ciseau et en envoyant la police à leurs trousses. Mais en privilégiant la voie du dialogue pendant des jours, sans résultat évident, le gouvernement Trudeau passe pour pleutre. Ce qui n’est pas la première fois, et le différend entre M. Trudeau et son ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould à propos de l’aide à SNC-Lavalin revient en mémoire. Dans les deux cas, l’immobilisme a duré beaucoup trop longtemps.

Car il y a des avenues possibles de sorties de crise. Comme la nomination d’un émissaire spécial, un juge ou un politicien à la retraite, avec une expertise poussée dans les relations avec les autochtones, pour abaisser la pression qui pèse sur le premier ministre. Comme un voyage de M. Trudeau pour rencontrer les chefs héréditaires des Wet’suwet’en. Comme l’appel d’un sommet entre le gouvernement Trudeau et les groupes autochtones, dans les plus brefs délais, etc.

À la place, nous sommes devant un gouvernement qui, par peur de déplaire, en fait bien trop peu.

Cela lui collera à la peau. L’affaire SNC-Lavalin et Jody Wilson-Raybould a métamorphosé le gouvernement majoritaire des libéraux en gouvernement minoritaire. La prochaine fois, s’il a une alternative solide devant lui, il risque de passer de gouvernement minoritaire à l’opposition...