Pour certains, les coupures du gouvernement Ford évoquent le souvenir du combat de l'hôpital Montfort.

Coupes de Ford: la réaction

ÉDITORIAL / Comment réagir aux coups de Jarnac de Doug Ford à l’endroit du Commissariat aux services en français et de l’Université de l’Ontario français ?

Certains évoquent le souvenir du combat de l’hôpital Montfort. Ce n’est pas pareil, mais il faut en tirer des leçons. Treize fonctionnaires et un commissaire, ce n’est pas très vendeur dans l’imagerie populaire. Pas plus que l’Université de l’Ontario français, qui n’existe pas encore dans l’esprit de plusieurs malgré un recteur, un bureau des gouverneurs et une poignée de fidèles qui ont déjà le cœur à la tâche.

D’une manière, M. Ford et son homme de main, le ministre des Finances Vic Fedeli, pensent qu’ils ont bien choisi leurs cibles. 

C’est aux Franco-Ontariens de leur démontrer cette erreur.

À comparer, le combat de Montfort entre 1997 et 2001 avait quelque chose d’épique : le pouvoir politique de Mike Harris versus une institution de santé, des briques et du mortier, mais aussi un savoir et un service à la population. Après quelques semaines, c’était entré dans l’esprit des Franco-Ontariens : ils en veulent à notre hôpital ! Rapidement ont émergé les SOS Montfort et Montfort fermé ? Jamais ! 

Donnons donc au Commissariat et à l’Université le bénéfice du temps. Donnons aux forces vives de l’Ontario français le loisir de s’organiser. Appuyons-les. 

Il existe toujours les médias traditionnels, dont le quotidien Le Droit, Radio-Canada et bien d’autres. Il en a émergé de plus récents : les médias sociaux. Ils n’existaient pas du temps de Montfort et décuplent la portée du message des protestataires en 2018.

Le débat de Montfort nous a appris un élément crucial, a rappelé l’avocat Ronald Caza : les principes non écrits de la Constitution protègent les droits des Franco-Ontariens des abus de la majorité. Le gouvernement ne peut les amputer pour de simples motifs économiques, car cela met la survie de la communauté en danger.

Ce principe a protégé Montfort, il reste à voir comment cela peut protéger l’Université de l’Ontario français et le Commissariat aux services en français. 

L’université en est à ses balbutiements, mais elle a une existence propre depuis un an. Elle doit desservir les Franco-Ontariens du centre-sud-ouest de la province qui interrompent leurs études après le secondaire ou optent pour une institution post-secondaire anglophone à hauteur de 95 %. C’est une véritable usine à assimilation. L’Ontario devait faire quelque chose et sa création à Toronto n’a rien de partisan. 

Idem pour le Commissariat. C’est plus obscur, mais le gouvernement de Doug Ford ramène les Franco-Ontariens à 2006, l’année avant la création du Commissariat aux services en français. Leurs plaintes aboutissaient au bureau de l’ombudsman. « Ça ne fonctionnait pas, c’est pour cela qu’on a changé », a lancé Madeleine Meilleur, hier. 

Encore une fois, pour des raisons financières, on y met fin.

Il faut réagir, résister, militer.

M. Ford répète depuis son élection : « Promises made, promises kept » (Promesses faites, promesses tenues). Mais il a mis moins de 6 mois pour rompre son engagement aux Franco-Ontariens d’appuyer l’Université de l’Ontario français. La ministre Caroline Mulroney l’avait répété en septembre, la députée de Glengarry-Prescott-Russell Amanda Simard avait été ovationnée à ce sujet lors de l’assemblée générale de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, le mois dernier.

Doug Ford ne comprendra que la méthode forte. Cela doit débuter par des messages imperturbables de l’AFO, accompagnés de menaces de poursuite. Et d’un slogan. Peut-être bien : Des acquis, fermés ? Jamais !