Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier

Cormier vient à la rescousse

ÉDITORIAL / C’est une véritable calamité qui est tombée sur les épaules du Mouvement Desjardins, le 20 juin dernier. C’est à ce moment que Desjardins a avoué qu’un ex-employé avait volé les informations confidentielles de 2,7 millions de leurs membres et de 173 000 entreprises. Les correctifs posés se sont par la suite avérés aussi problématiques que le vol lui-même. Le patron de Desjardins, Guy Cormier, a donc annoncé des mesures supplémentaires pour lutter contre le piratage informatique. Non sans avoir admis la « situation déplorable et inacceptable » provoquée par l’incapacité de répondre adéquatement à la crise par Equifax, la multinationale engagée aux côtés de Desjardins pour prémunir les membres d’autres problèmes.

Le vol n’était que le premier des soucis de Desjardins. L’employé malhonnête a eu accès aux noms, prénoms, dates de naissance, numéros d’assurance sociale, adresses, téléphones et courriels ainsi que les produits bancaires des membres. Il y a là de quoi manigancer une énorme fraude, à partir des noms, des adresses et des numéros d’assurance sociale. Imaginez avec le reste.  

Par chance, aucune fuite n’a été rapportée encore. Mais les informations pourraient être enfouies pendant plusieurs mois avant d’être ramenées à la surface et infliger des dommages aux membres.

Les risques sont diminués avec une inscription à un forfait de surveillance chez Equifax mais voilà, le processus exigeait une longue attente et même parfois des communications déficientes en français. Ce qui a fait sauter les plombs à M. Cormier, le président et chef du Mouvement Desjardins. Sa réaction a été exemplaire : le service chez Equifax « n’est pas à la hauteur des standards de Desjardins », a-t-il avoué. Mais plutôt que de juste leur en faire le reproche, il se porte à leur rescousse. Ainsi, un millier d’employés dans les nombreux centres d’appels de Desjardins seront mis à contribution. Ils pourront colliger les informations au nom d’Equifax. À peine 100 000 membres de Desjardins avaient réussi à s’inscrire chez Equifax, deux semaines après l’annonce de la fuite, soit 3 %. C’est anémique. Les nouvelles dispositions devraient augmenter leur nombre de façon importante.

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Il faut cependant comprendre Equifax. Elle n’était pas prête à accueillir les inscriptions de centaines de milliers de détenteurs de comptes chez Desjardins. Mais elle a accepté de le faire malgré tout, se plaçant dans de beaux draps, et Desjardins aussi. Cette dernière aurait pu se fâcher : à la place, son coup de pouce sera bienvenu. Cela réglera le cas litigieux de dizaines de milliers d’autres sociétaires, et il faudra être patient. Si trop de gens se ruent sur leurs téléphones pour s’enregistrer, lundi, les parties seront coincées à la case départ.

M. Cormier le sait et il prévient déjà les coups. Encore là, il est prévoyant dans sa malchance. 

Il va plus loin même en offrant une couverture d’assurance de 50 000 $ en cas de vol d’identité, valable pour cinq ans au lieu de 12 mois. Cette prolongation est bienvenue puisque les vols d’identité peuvent se prolonger dans le temps, bien au-delà d’une année.

Et à l’automne, Desjardins doit dévoiler une solution « permanente » pour assurer la protection de données de ses membres, qui sera gratuite.

Guy Cormier tente fort de tourner cette calamité en occasion de prémunir ses clients affectés d’une protection particulière. Après deux semaines, il semble réussir son pari. Il doit être heureux que ce soit ne pas une source externe et hostile qui le place dans cette situation embarrassante.