Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Conservateurs à sens contraire

ÉDITORIAL / Tous les partis politiques désirent aider les jeunes familles. Nulle part est-ce aussi important que dans l’accession à la propriété. Les familles qui commencent leur vie ont besoin d’appui pour acheter leur première maison. Mais la manière dont les conservateurs d’Andrew Scheer s’y prennent va dans le sens contraire. Ils vont dans le sens contraire... des conservateurs de Stephen Harper !

Il y a quelques années, sous le précédent régime conservateur, nous vivions déjà une certaine surchauffe de l’économie. Cela se traduisait entre autres par le taux d’endettement élevé des Canadiens. Grosso modo, il s’établit à 179 %, ce qui signifie que pour chaque dollar que les Canadiens possèdent, ils sont endettés de 1,79 $. Si cela vous paraît élevé, vous avez raison. C’est très élevé.

Les conservateurs ont agi sur deux plans : ils ont plafonné à 25 ans l’échelonnement des hypothèques. En répartissant la dette de la maison sur une plus courte période que les 30 années d’auparavant, cela a fait augmenter les mensualités à payer. Ils ont aussi lancé un test de viabilité financière. Ce test, révisé sous les libéraux en 2018, exige que les premiers acheteurs d’une maison fassent la démonstration qu’ils peuvent supporter une hausse de leur hypothèque de 2 %.

Ce sont deux mesures extrêmement efficaces. Elles ont réussi à éloigner d’un marché trop attirant des emprunteurs aux finances serrées. En réalité, cela les a empêchés d’acheter. Mais c’est pour leur propre bien. Parce que ces acheteurs auraient été les premiers à voir leurs maisons reprises par les institutions prêteuses lorsque les taux d’intérêt auraient remonté.

Ces mesures ont calmé la donne dans les plus onéreux marchés de revente au Canada, notamment Vancouver et Toronto.

Les conservateurs d’Andrew Scheer estiment que la menace d’une augmentation des taux d’intérêt est disparue. Cela est vrai. Mais il est périlleux de décloisonner la facilité d’emprunt des jeunes familles. Parce que l’attrait de l’endettement repartira à la hausse.

L’un des plans des libéraux a redonné un peu d’espoir aux premiers acheteurs avec l’« Incitatif à l’achat d’une première propriété ». Ce programme prévoit que les nouveaux acheteurs pourront avoir recours à la Société d’hypothèques et de logement du Canada pour financer jusqu’à 10 % de la valeur de la maison. Bref, c’est une aide temporaire de l’État. C’est ce que les libéraux ont trouvé pour aider les jeunes familles. À la vente de la maison, la SCHL reprend son investissement, le tout sans frais.

Mais il est un autre domaine où les jeunes peuvent bénéficier de l’aide. Ce n’est pas l’accès à la propriété, mais dans l’aide au logement. Cela ne permet pas aux jeunes familles d’acheter une maison, mais cela leur procure quand même un toit, et à prix raisonnable.

Cela peut se faire tant pour les condominiums que pour les maisons.

Cette aide fait défaut au Canada. Nous voyons des annonces pour la création de quelques milliers de foyers, mais c’est pour des centaines de milliers de foyers où le fédéral pourrait jouer un rôle d’appui.

Seul le Nouveau Parti démocratique s’est engagé à construire 500 000 logements sociaux au cours du prochain mandat, une promesse considérable... qui ne se réalisera jamais, car le NPD n’a pas de chance de former le gouvernement. Mais comme parti qui pourrait détenir la balance du pouvoir, on ne sait jamais…

Une chose est certaine : les deux mesures proposées par les conservateurs ne feront rien pour protéger le taux d’endettement des jeunes familles.