Pierre Jury
Donald Trump est si imprévisible que l’on pouvait s’attendre à tout de sa part.
Donald Trump est si imprévisible que l’on pouvait s’attendre à tout de sa part.

Combien de fois l’éviterons-nous?

ÉDITORIAL / Donald Trump est si imprévisible que l’on pouvait s’attendre à tout de sa part. Mais quand la menace d’une guerre, possiblement nucléaire, pointe à l’horizon, ce n’est certainement pas un atout d’avoir d’un côté un président des États-Unis si difficile à lire.

Mardi, la pression approchait de son paroxysme. L’Iran avait déclenché une attaque sur deux bases militaires américaines en Irak, et le monde attendait la réaction du président. En craignant le pire...

Finalement, la tension s’est relâchée. M. Trump n’a pas réagi immédiatement, mardi. Il a préféré attendre. C’était interprété comme un signal positif, qu’il n’allait pas se jeter dans la réaction instantanée et primaire. Cela laissait une chance à son entourage d’intervenir et de le conseiller. Car nous avons tous appris que le moment où Donald Trump est le plus dangereux, c’est à 6 h le matin, quand il n’existe aucun filtre entre lui, son téléphone et son fil Twitter. C’est dans ces moments-là qu’il déclenche le plus de réactions...

Toute cette histoire, c’est lui qui l’a ourdie en faisant liquider le général iranien Qassem Soleimani, la semaine dernière. On dit de M. Soleimani qu’il était un sanguinaire personnage avec passablement de sang sur les mains, mais c’est rarement en attaquant sans être provoqué que l’on règle des problèmes. Ses prédécesseurs à la Maison-Blanche se sont retenus, soupesant une équation insoluble. Mais pas M. Trump. Il a évoqué des renseignements alléguant des attaques imminentes par l’Iran pour déclencher une frappe préventive à l’endroit de M. Soleimani.

Le président Trump s’est félicité, mercredi, que les attaques à l’endroit de ses bases militaires n’avaient causé que peu de dommages et aucune perte de vie humaine. Les missiles iraniens avaient-ils mal visé, ou avaient-ils visé sciemment pour ne pas faire de victimes ? La seconde version semble la bonne. Cela lui a permis de ranger sa position de va-t-en-guerre et de limiter la suite des choses à « de nouvelles sanctions économiques » alors que l’Iran est déjà sous le coup de telles mesures. Il a au passage invité les signataires de l’accord sur le nucléaire iranien – le Royaume-Uni, la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne – à renier l’entente comme les États-Unis l’ont fait en mai 2018. Il a aussi exhorté les pays de l’OTAN, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, à s’investir dans cette région du monde. Étonnant pour un homme qui abhorre les grands forums internationaux.

La stratégie de l’apaisement semble fonctionner maintenant. Les deux parties se regardent en chiens de faïence, fort d’avoir assis leur autorité. L’Iran n’a pas la force de frappe des États-Unis, personne ne l’a. Mais les militaires iraniens ont tout de même le pouvoir d’infliger énormément de dommages aux Américains par une force de frappe ciblée, chirurgicale, plutôt qu’en leur déclarant la guerre. Inversement, les États-Unis n’ont eux aussi aucune intention de déclencher une guerre traditionnelle contre l’Iran : le président Trump préfère des attaques pointues. La dernière chose qu’il souhaite, c’est d’augmenter le nombre de soldats au Moyen-Orient... et d’avoir à escorter des cadavres de militaires décédés dans un conflit à l’autre bout du monde.

Donald Trump est certainement imprévisible, mais il n’est pas fou. Il gère son pays comme il le faisait avec son entreprise, à coups de menaces et de démonstrations de force. Il a asséné le coup de Jarnac en éliminant Qassem Soleimani. Il n’avait pas besoin d’en faire plus, compte tenu de la réplique « mesurée » de l’Iran. Le monde l’a échappé une fois de plus. Combien de temps pourrons-nous l’éviter ?