À moins d’une semaine des élections fédérales, et sans favori dans les sondages, la tension a monté de quelques crans au cours des dernières heures.

Coalition, le mot sur toutes les lèvres

ÉDITORIAL / À moins d’une semaine des élections fédérales, et sans favori dans les sondages, la tension a monté de quelques crans au cours des dernières heures. Et Jagmeet Singh, probablement une erreur de débutant, s’est fait prendre à considérer une coalition avec les libéraux de Justin Trudeau... avant de réaliser qu’il avait trop parlé. Il a aussitôt retiré ses paroles, mais il était trop tard. Le chat était sorti du sac.

Le mot « coalition » a été sur toutes les lèvres en fin de semaine. C’est l’habitude quand des élections sont serrées : les journalistes vont voir l’un des tiers partis pour essayer de leur tirer les vers du nez. Ils sont très heureux quand l’un d’eux s’échappe, comme M. Singh et son Nouveau Parti démocratique.

Le NPD, le Bloc québécois et au forçail, le Parti vert, sont tous des cibles pour parler de coalition. Le NPD parce qu’il risque de perdre beaucoup de sièges, surtout au Québec, et le Bloc, parce qu’il risque d’en gagner. L’un et l’autre seraient des partenaires de choix d’une coalition, soit avec le Parti libéral, soit avec le Parti conservateur.

M. Singh a mené une fort belle campagne électorale, surtout centrée au Québec et en Ontario. Mais ce ne sera qu’un succès d’estime.Il ne compte plus que 14 sièges au Québec, alors qu’il avait enregistré une performance record de 59 circonscriptions en 2011. C’était la belle époque du chef Jack Layton... qui est décédé d’un cancer quelques mois plus tard.

La baisse subséquente du NPD, au Québec surtout, n’est pas attribuable aux chefs qui lui ont succédé, Thomas Mulcair et Jagmeet Singh. Le NPD a été la saveur du moment, en 2011, profitant d’un élan de sympathie dans le dernier droit avant l’élection. Cet élan s’est dissipé depuis et le NPD ne fera que ramasser les morceaux du pot cassé la semaine prochaine. Au Québec, on parle d’un ou deux sièges, au mieux. Il récoltera sa bonne part de votes mais finira toujours troisième ou quatrième.

Le Bloc, par contre, navigue sur une relance étonnante qui est principalement due au leadership d’Yves-François Blanchet. Cela rappelle les belles années de Gilles Duceppe. M. Blanchet a mis de côté les querelles intestines qui ont marqué la direction temporaire de Martine Ouellet. Les sondages lui donnaient environ 15 % des intentions de vote au début de la campagne ; il compte aujourd’hui 33 %... ce qui explique le tir groupé des libéraux et des conservateurs contre le Bloc québécois. Sans compter que l’orientation souverainiste (dormante) du Bloc en fait un allié peu probable aux libéraux, qui sont multiculturalistes jusqu’au bout des ongles. Il serait un « ami » bien plus logique pour les conservateurs, qui partagent avec lui les principes de l’autonomie des provinces.

Mais pour le moment, cela paraît mal que les conservateurs s’associent avec le Bloc québécois. Au Canada anglais, toute alliance avec les souverainistes est vue comme contre nature. Jusqu’après l’élection, où la politique-réalité se met à dominer.

Pour le moment, le chef conservateur Andrew Scheer martèle qu’il formera un gouvernement majoritaire, car c’est la chose à dire. Son témoignage sur les 100 premiers jours de la campagne, livré hier, s’inscrit dans cette lancée.

Reste donc les libéraux, eux qui ne disent rien publiquement mais qui maugréent contre la remontée du Bloc au Québec. Leur majorité de sièges vient d’y passer, et peut-être leur gouvernement aussi. Ils n’ont d’espoir que de former un gouvernement minoritaire à ce moment-ci, et ils auront besoin d’un allié. D’un allié fédéraliste. Donc le NPD. En attendant le résultat du vote du 21 octobre...