Marie Chantal Chassé

Chassé a besoin de support

ÉDITORIAL / Si François Legault et son entourage devaient refaire aujourd’hui leur conseil des ministres, ils ne renommeraient pas MarieChantal Chassé à la tête du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. C’est évident. Au cabinet du premier ministre, certains ont des sueurs froides lorsqu’ils écoutent la ministre répondre aux questions des médias.

François Legault et son chef de cabinet, Martin Koskinen, ne peuvent pas décemment, cela étant, régler la situation par un mini-remaniement ministériel à court terme.

D’abord, parce qu’on ne dispose pas des gens comme ça, aussi rapidement, et ils le savent. On laisse la chance aux coureurs. Ensuite, parce qu’une telle opération serait dans un premier temps interprétée comme un recul — ce qu’aucun gouvernement ne veut — et très vite comme la preuve d’une erreur qu’ils ont eux-mêmes commise au départ.

Mme Chassé est en poste. Ils doivent faire avec pendant un certain temps ; pendant un temps décent.

Ils portent la responsabilité de l’avoir nommée à ce poste devenu névralgique. Ils doivent donc la supporter — la supporter dans les deux acceptions du terme : c’est-à-dire faire avec elle et avec la situation, avec son manque d’assurance et la méconnaissance qu’elle a de cet univers. Et la supporter dans le sens de lui fournir le soutien dont elle a besoin. C’est le plus important.

Dans la vie d’un gouvernement, il n’est pas anormal qu’un remaniement ministériel ait lieu avant la fin d’une première année au pouvoir. Il y a toujours des ajustements à faire. Mais, normalement et décemment, ce premier remaniement-ajustement caquiste ne devrait pas survenir avant au moins le mois de juin prochain, avant la relâche parlementaire d’été.

Si on lui fournit le support requis, MarieChantal Chassé aura peut-être étonné d’ici là.

Ce n’est que s’il lui fournit ce support que le gouvernement pourra aller au-delà de la simple dénonciation de l’« inaction » du gouvernement Couillard en matière de lutte contre les gaz à effet de serre ; autrement dit, que s’il s’engage pleinement à aller dans cette direction. Dire que le pétrole de l’Alberta est sale ne remplace pas un plan d’action. Ce serait trop facile !

De toute façon, un ministre ne peut rien tout seul. Il a besoin du support de l’ensemble de son gouvernement. D’actions gouvernementales, pour le dire autrement.

Parlez-en au convaincu et convaincant Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire en France. Il a claqué la porte du gouvernement Macron au bout de 15 mois parce qu’il s’estimait insuffisamment supporté.

De façon générale, le premier ministre François Legault et son chef de cabinet ont nommé des joueurs qui se sont mis à patiner en peu de temps avec aisance sur la glace politique, y compris plusieurs recrues.

Des accrocs sont survenus lorsque des ministres se sont aventurés dans des dossiers qui ne sont pas à proprement parler les leurs. Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, l’a illustré cette semaine en parlant du troisième lien entre Québec et Lévis. Si son propos était plein de bon sens, il s’agissait davantage d’une apparence d’accroc que d’un véritable accroc.

De tels épisodes ont été rares, cela étant. Et pour cause : sur les 26 ministres du gouvernement Legault, la plupart ont été médiatiquement discrets. Ils ne parlent publiquement que si c’est nécessaire.

Quel contraste avec les premiers temps du gouvernement de Pauline Marois, où bien des ministres se disputaient la lumière des caméras et ne cessaient de tout commenter ! L’indiscipline avait fait naître une certaine cacophonie.

Pour le meilleur et pour le pire, le cabinet de François Legault a imposé une relative discipline à l’interne. C’est ce qui contribue pour l’heure à donner cette impression d’aisance générale sur la glace politique. Surtout que, contrairement à d’autres, ce gouvernement n’est pas composé de joueurs aux ego surdimensionnés — ou qui se sont permis de l’afficher jusqu’ici. Ça aide.