Ottawa consent une combinaison de prêts remboursables et de participations à l’actionnariat, à hauteur de 10,8 milliards $, à General Motors.

Cela nourrit le scepticisme

ÉDITORIAL / Quand un citoyen contracte un emprunt, il y a attente de la part des prêteurs que la somme soit remboursée en entier. C’est pourquoi il y a une certaine rage, chez les Canadiens, d’apprendre que le constructeur automobile Chrysler a vu une dette de 2,6 milliards $ effacée récemment. Au passage, ils ont aussi appris qu’il y avait une dette supérieure à 1 milliard $ contractée par General Motors pour lesquels il y aurait également effacement.

Quoi ? Plus de 3 milliards $ de dette simplement biffée des livres comptables ? Mais ces entreprises se sont très bien remises ! Pourquoi leur consentir ce cadeau qu’elles n’avaient même pas demandé ?

La réponse est dans les pratiques habituelles de l’industrie, même s’il y a quelque chose de répugnant pour les citoyens ordinaires. Sachez par contre que les règles sont les mêmes pour les contribuables. Nous entendons tous parler de ces gens qui consentent à payer quelques sous pour chaque dollar de perte...

L’origine de ces prêts remonte à 2009. Le Canada, comme l’essentiel du monde occidental, est aux prises avec la plus importante crise financière depuis celle de 1929. 

L’industrie automobile est, elle aussi, au plus mal. Les emplois de 14 000 travailleurs canadiens de l’automobile sont menacés dans les usines de Chrysler et de GM, ainsi que ceux de 50 000 autres dans des industries connexes. Il faut faire quelque chose. 

Le gouvernement à Ottawa n’hésite pas et consent des aides diverses. Il n’y a qu’au Québec où ça bougonne un peu : encore de l’aide à l’industrie automobile de l’Ontario !, accuse-t-on. On regrette qu’Ottawa allonge les milliards pour l’automobile et se fasse tirer l’oreille pour aider dans l’industrie du bois, concentrée au Québec.

À General Motors, Ottawa consent une combinaison de prêts remboursables et de participations à l’actionnariat, à hauteur de 10,8 milliards $.

La vente d’actions de GM s’est faite promptement et en 2015, tout était liquidé. Il restait une somme légèrement supérieure à 1 milliard $, un prêt qui n’a pas été remboursé. Dès 2010, la nouvelle entreprise de GM a dégagé des profits de 4,7 milliards $ US, non sans avoir passablement souffert. Elle a liquidé les marques Hummer, Saturn et Saab, et a éliminé 20 000 de ses 88 000 employés.

Chez Chrysler, beaucoup plus petite, c’était deux prêts de 1,3 milliard $ et de 1,6 milliard $. 

C’est le premier prêt de 1,3 milliard $ qui fait problème ces jours-ci. Le second prêt, consenti à la société rebaptisée Fiat Chrysler, a été remboursé dès 2011. Le premier prêt de 1,3 milliard $, additionné aux intérêts, a doublé pour atteindre 2,6 milliards $. 

C’est donc dire que Fiat Chrysler s’est vite débarrassé du second prêt de 1,6 milliard $ parce qu’il gênait ses efforts de reprise. En 2015, l’entreprise a dégagé des profits de 2 milliards d’euros. 

Somme toute, Ottawa a récupéré la plus grande partie des quelque 14 milliards $ qu’elle a consenti à GM et à Chrysler. C’est bien. Mais l’ampleur des chiffres fait en sorte que les sommes restantes demeurent astronomiques. On ne parle pas de quelques millions, mais de milliards de dollars. Comme contribuable, nous souhaitons tous un peu plus d’attention de nos gouvernements. Dans le cas qui nous concerne, c’est le gouvernement de Justin Trudeau qui a effacé la dette, mais elle datait de l’époque de Stephen Harper. 

Dans ce cas-ci, ce sont les règles de faillite qui sont coupables. Mais cela nourrit le cynisme chez les Canadiens.