Le gouvernement Ford a annoncé que la vente de cannabis serait confiée au secteur privé.

Cannabis ontarien : un bon départ

ÉDITORIAL / L’an dernier, le gouvernement libéral en Ontario a opté pour un réseau public de vente du cannabis récréatif, avec le lent déploiement de 150 magasins d’État d’ici 2020. Les conservateurs n’ont pas mis de temps à défaire cet autre pan de l’édifice libéral de Kathleen Wynne : lundi, ils ont annoncé que la vente serait plutôt confiée au secteur privé. Fini donc le monopole de la Régie des alcools de l’Ontario.

Il s’agit d’une bonne décision du gouvernement de Doug Ford. 

Nous aurions pu craindre qu’il déclenche une autre querelle avec le fédéral, comme dans le dossier des migrants. Il y avait certainement des voix autour de la table du caucus conservateur qui s’opposent à la libéralisation du commerce du cannabis. Par bonheur, elles ont été gardées sous silence et le nouveau gouvernement donne l’impression d’une union en faveur du cannabis. 

Si nous respections le désir des libéraux de conserver la mainmise sur le réseau de distribution de cannabis, il y avait plusieurs arguments à l’effet que le secteur privé est tout à fait capable de livrer la marchandise. Il le fait déjà dans plusieurs domaines de substances contrôlées. Les médicaments d’ordonnance sont distribués par un vaste réseau de pharmacies, certaines entièrement privées, certaines regroupées sous l’égide de grandes bannières pharmaceutiques. Les cigarettes et autres produits du tabac sont disponibles dans des milliers de dépanneurs, sans pour cela que cela ne pose problème. Même l’alcool et la bière sont offerts par un réseau privé, dans les petites régions de l’Ontario où la LCBO et les Beer Store ne sont pas présents. Ces réseaux fonctionnent bien, sans grande anicroche. Ensemble, ces exemples laissent croire qu’un réseau supplémentaire de distribution du cannabis pourra fonctionner lui aussi.

Cependant, le gouvernement Ford doit éclaircir certains points névralgiques. 

D’abord, les magasins autorisés seront en place le 1er avril 2019. Mais le commerce du cannabis doit entrer en vigueur le 17 octobre. Qu’arrivera-t-il durant ces cinq mois et demi ? Il y aura bien la vente en ligne (via une agence gouvernementale appelée « Société ontarienne du cannabis ») mais qu’en sera-t-il de la vente au comptoir ? Il doit y avoir moyen d’accélérer les choses un peu afin de réduire l’attente des consommateurs. 

Déjà, plusieurs entreprises, dont des grossistes en cannabis, trépignent d’impatience à l’idée de mettre la main sur une partie du marché de détail du cannabis. Il faut policer ce secteur avant qu’il ne se mette en place. L’Alberta limite à 15 % la proportion maximale du marché du cannabis contrôlée par un seul réseau de détaillants. La Colombie-Britannique impose un maximum de 8 comptoirs de vente sous un même propriétaire. L’Ontario devrait imiter ces deux provinces sinon le marché sera vite dirigé par deux ou trois grands distributeurs. Cela ne doit pas être.

Enfin, en octroyant un opting-out aux municipalités qui le souhaitent, le gouvernement peut se retrouver avec de vastes régions où le cannabis récréatif ne serait pas disponible. Cet opting-out doit être encadré, limité à une ou deux par sous-région de l’Ontario.

Sur le cannabis récréatif, l’objectif des gouvernements demeure la sécurité des gens, des automobilistes et le combat contre la lutte au marché illégal, particulièrement la vente aux mineurs. En choisissant le secteur privé au lieu du secteur public, le gouvernement Ford ne modère pas ses préoccupations de sécurité, et offre aux Ontariens une option raisonnable pour le cannabis récréatif.