Le premier ministre du Québec, François Legault

Bourdes autour de l’islamophobie

ÉDITORIAL / Fin janvier, les politiciens devraient se passer le mot qu’il faut faire attention à ce qu’on dit. Car la journée de commémoration de la tuerie de la Grande mosquée de Québec est un moment chargé d’émotion et le moindre sous-entendu mal équarri deviendra un guet-apens dans lequel quiconque tombera à pieds joints. À preuve le premier ministre François Legault... et la conseillère de Gatineau, Nathalie Lemieux.

Le premier ministre du Québec, fort de ses deux décennies (moins trois ans) à l’Assemblée nationale, aurait dû se méfier plus qu’il ne l’a fait. Il a commencé par dire qu’il « n’y a pas d’islamophobie au Québec ». Puis, il a nuancé son propos. Mais pas suffisamment.

Ce n’est qu’au cours de la journée qu’il a correctement rectifié le tir. Il a alors précisé qu’« il existe de l’islamophobie, de la xénophobie, de la haine. Mais le Québec n’est pas islamophobe ou raciste. »

Et de poursuivre : « Malheureusement, trop d’actes racistes surviennent encore dans notre société, et il faut tout faire pour dénoncer et combattre la haine et l’intolérance. »

De fait, il y a eu des propos islamophobes dans les heures qui ont suivi les premiers propos de François Legault. Comme quoi ça ne prend pas de temps. Un résident de Lanaudière a glorifié les gestes d’Alexandre Bissonnette, celui qui a perpétré la tuerie de la Grande mosquée de Québec. Il a déjà été accusé et a plaidé non coupable. 

L’affaire serait morte de sa belle mort si ce n’avait été de la conseillère Nathalie Lemieux qui en a remis une couche.

Elle a commencé par un « quand un peuple veut s’intégrer, il s’intègre et ce peuple ne s’intègre pas ».

« Ce peuple » ?

Oui, oui. 

Quelques instants plus tard, elle rajoutait : « Ces gens-là font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur. »

« Ces gens-là » ? Ouf.

Comme s’il s’agissait de coquerelles que l’on écrase du soulier.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a vite réagi, comme il se doit. 

« Je me dissocie complètement et je dénonce les propos tenus par la conseillère Nathalie Lemieux à l’égard de la communauté musulmane », a-t-il dit dans un premier temps.

Quelques heures plus tard, il a même suggéré que la conseillère Lemieux n’agisse plus comme mairesse suppléante. S’il ne l’a pas relevé de ses fonctions, c’est qu’il s’agit d’un vote du conseil municipal. Cela ne relève pas que de lui. Mais ce sera fait lors de la prochaine réunion. 

À noter que Mme Lemieux, une recrue au conseil, ne s’est pas dissociée de ses propos. Du moins, pas avant 18 h. Cela semble doublement répréhensible.

Car si les propos de François Legault étaient dommageables, ceux de Mme Lemieux dénotent un dégoût des musulmans qui n’a pas sa place au Québec, et à Gatineau où il y a des efforts notables de stimuler le vivre-ensemble avec les communautés culturelles de quelque confession religieuse, de quelque couleur de peau que ce soit.

L’an passé, Philippe Couillard, alors premier ministre du Québec, avait échappé de peu à la controverse. Il soutenait que l’idée d’instituer une « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie » n’était pas nécessaire.

Beaucoup d’encre avait alors coulé avant que la question ne se calme sous le temps qui passe.