Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Blanchet mène une belle course

ÉDITORIAL / Oh combien quelques mois ont changé le Bloc québécois ! Neuf mois à peine après l’accession d’Yves-François Blanchet à la direction, le parti souverainiste à Ottawa enregistre des gains qui lui font miroiter, non pas ses plus belles années, mais une performance fort honnête… compte tenu du taux plancher obtenu en 2011.

Rappelons que le Bloc n’avait récolté que quatre sièges. Même le chef Gilles Duceppe avait perdu sa circonscription ! 

Mais la descente aux enfers ne s’était pas arrêtée en 2011. Le Bloc était un modèle de stabilité au cours des 20 premières années. Il n’avait connu que trois chefs, Lucien Bouchard, Michel Gauthier (fort brièvement) et M. Duceppe. Puis, c’était la débandade : sept chefs différents au cours des sept années qui ont suivi l’élection de 2011, dont quatre intérimaires. Le creux du baril est survenu avec l’élection de Martine Ouellet comme chef du Bloc québécois. Elle avait de quoi être fière : première femme élue leader de son parti, elle fondait de grands espoirs. Mais le parti s’est déchiré sur la place publique sur l’orientation qu’elle voulait lui donner. S’ensuit une longue querelle intestine entre les intérêts du Québec et l’indépendance. Une vocation plus militante, qui la voit faire la promotion de l’indépendance à Ottawa, toujours, sur toutes les tribunes, et à tous les instants. 

Elle n’aura duré que 15 mois. En juin 2018, elle quittait après un vote d’appui à la hauteur de 32 %... 

En janvier 2019, Yves-François Blanchet a été élu sans opposition. Son temps est arrivé.

Il était une quantité inconnue dans cette élection. Personne ne savait comment il se débrouillerait. 

Depuis le début de la campagne électorale, les feux de la rampe sont dirigés vers lui. Non pas parce qu’il représente une option pour diriger le Canada, mais parce qu’il représente une option pour orienter les voix des électeurs mécontents des libéraux, des conservateurs et des néo-démocrates. Il tire bien son épingle du jeu.

Le Bloc québécois a une histoire enviable en politique fédérale. Pendant presque 20 ans, il a détenu entre 38 et 54 circonscriptions au Québec. Qu’on soit d’accord ou non avec l’orientation fondamentale du parti, le Bloc a réussi à galvaniser le vote de protestation du Québec autour de la « défense des intérêts du Québec ».

Avec Yves-François Blanchet, nous sommes revenus à cette équation. Il détourne savamment les questions alambiquées pour se concentrer sur le même message que relayaient MM. Bouchard et Duceppe avant lui. Il a étouffé la grogne des purs et durs fidèles à Martine Ouellet. On ne les entend plus. Comme s’ils n’avaient jamais existé. Comme si l’histoire d’amour du Québec avec le Nouveau Parti démocratique en 2011, et dans une moins grande mesure en 2015, n’avait aussi jamais existé.

Les bloquistes n’ont toutefois pas totalement repris leur place dans l’échiquier politique québécois. Personne ne voit le Bloc récolter une quarantaine de sièges. Son 20 % d’appuis dans les sondages le place au beau milieu de ses appuis en 2011 (23,4 %) et 2015 (19,4 %). Mais M. Blanchet vise bien plus que les quatre petits sièges de 2011, et même davantage que les 10 de 2015. Ses espoirs pourraient bien être exaucés.