L’ouverture de la Ville de Gatineau de prolonger l'ouverture des bars ne consiste qu’à un projet-pilote d’une durée de neuf mois.

Bars: il faudra 2, 3 ans...

ÉDITORIAL / Le premier week-end de fermeture des bars à 3 h dans le Vieux-Hull a été sans histoire... et le contraire aurait surpris. Il faudra deux, trois ans pour bien mesurer les impacts de cet assouplissement de la réglementation.

Le combat idéologique a été ferme à la Ville de Gatineau entre le conseiller Cédric Tessier et les tenanciers de bars, d’un côté, et quelques regroupements de citoyens qui désiraient préserver l’ordre établi depuis 1997.

Les opposants à l’assouplissement ont sorti toute la ribambelle de phrases-chocs et de menaces à peine voilées qu’une calamité était à nos portes.

Ce fut peine perdue !

L’argumentaire des tenanciers de bars ne tenait pas à grand-chose : la situation a changé et le risque de dérapage est maintenant presque nul. Ils se sont dotés d’un sondage, mais sa crédibilité était en lambeaux, redonnant de l’ardeur aux opposants qui voyaient là un indice de la mauvaise foi de leurs adversaires.

Un élément n’a pas changé, et ne changera pas : la nature humaine qui encourage les jeunes en mal de sensations fortes de traverser la rivière des Outaouais pour finir la nuit dans les bars du Vieux-Hull.

La menace à la paix sociale ne viendra pas tout de suite, quoiqu’elle soit néanmoins bien réelle. Pour les résidents du Vieux-Hull, la perspective d’un retour en arrière semble à portée de main. Et elle fait peur. 

Évidemment, l’ouverture de la Ville de Gatineau ne consiste qu’à un projet-pilote d’une durée de neuf mois. 

Rien ne se passera durant ces neuf mois. Cela ouvrira la porte à une prolongation du projet-pilote d’une autre durée de neuf à 12 mois, et possiblement à une troisième reprise. C’est à ce moment-là, après deux ou trois années de paisibles fêtes dans le Vieux-Hull, que la perspective d’une ouverture permanente jusqu’à 3 h devrait être étudiée en profondeur par les autorités municipales.

Il faudra entre-temps vérifier la réaction de la Ville de Gatineau à d’éventuelles demandes de réouverture de bars sur la promenade du Portage. Si elle boucle le dossier et refuse toute latitude à ce sujet, la question sera réglée. 

Ce qui a changé dans le débat sur la fermeture des établissements d’alcool, c’est que les bars et discothèques du Vieux-Hull qui causaient les problèmes ne sont plus là. Ils étaient situés sur la promenade du Portage et c’est autour d’eux que les dérapages étaient provoqués. Impossibilité de mettre la main sur un taxi pour les ramener à Ottawa, vapeurs d’alcool, éruptions de tensions et de machisme, l’ensemble était un feu aux poudres prêt à s’embraser.

La Ville de Hull, puis la Ville de Gatineau après la fusion municipale ont adopté un train de mesures à la suite des pressions du conseiller municipal d’alors, Claude Bonhomme. Lentement, les bars ont fini par fermer leurs portes après que la Ville eut restreint les heures de fermeture. Et voilà la grande différence : leur absence. 

Où les fêtards iront-ils, si les bars ont fermé ? Dans le coin de la rue Aubry ? Probablement pas. C’est un secteur, à deux pas tout de même, qui a toujours attiré une clientèle plus francophone, alors que les bars de la promenade du Portage étaient davantage un aimant pour les anglophones. Avec des exceptions, bien sûr, mais la tendance de fond était bien là.

Ce débat fut un dialogue de sourds entre gens qui ne voulaient pas entendre l’autre côté de leur argument. Mais reprenons-le dans deux ou trois ans, lorsque la poussière sera retombée.