Il y a neuf mois, la Ville de Gatineau se lançait dans une expérience d’assouplissement de l’ouverture des heures de bars dans le Vieux-Hull.

Bars de Hull: attendons un peu

Il y a neuf mois, la Ville de Gatineau se lançait dans une expérience d’assouplissement de l’ouverture des heures de bars dans le Vieux-Hull. Comme prévu, la tentative a été concluante: il ne s’est virtuellement rien passé dans le secteur des bars de la promenade du Portage pendant ces neuf mois. Cela donnera des munitions aux tenanciers de bars à l’effet que les heures d’ouverture doivent être prolongées de façon permanente.

Mais il ne faudrait pas agir trop rapidement.

Neuf mois est une période relativement courte, dans l’histoire de la municipalité, pour tirer des conclusions permanentes.

En mai 2019, Le Droit suggérait que le projet-pilote soit réitéré au moins une autre fois, et peut-être même deux, avant de changer la réglementation municipale. Nous maintenons cette position. Parce que fondamentalement, rien n’a profondément changé sur le terrain, mis à part cette temporaire accalmie.

Les opposants à l’assouplissement de l’ouverture des heures de bars avaient sorti tout l’arsenal des menaces à l’effet que le ciel allait nous tomber sur la tête si les bars prolongeaient leur ouverture de 2 h à 3 h. Le ton était lugubre.

À l’inverse, les tenanciers de bars scandaient que la situation avait changé depuis que la municipalité avait renforci sa réglementation en 1997. Que les nombreux bars et discothèques de la promenade du Portage avaient disparu, et qu’ils n’étaient pas sur le point de revenir en masse.

De fait, les bars sont bel et bien partis et aucun n’a pris leur place depuis neuf mois.

Il y a eu quelques escarmouches, mais rien qui ne sorte de l’ordinaire. Et surtout, rien qui ne ressemble à la cohue que la promenade vivait dans les années 1980 et 1990: des dérapages quasi quotidiens, des batailles en règle entre clients éméchés, l’intervention régulière des forces de l’ordre pour ramener un peu de calme.

C’est la croisade menée par le conseiller municipal d’alors, Claude Bonhomme, qui a mis en lumière tout ce qui s’y passait à l’insu de la majorité des Gatinois.

Progressivement, le resserrement des heures de fermeture des bars a joué son rôle: un à un, les débits de boisson ont fermé leurs portes et les clients ont cessé de venir finir leurs soirées dans le Vieux-Hull.

Le problème s’est pas mal réglé tout seul à partir de ce moment.

Le calme est revenu dans le secteur. Mais fallait-il annuler la mesure de 1997 en 2019? Ces 22 années de temps relativement paisible allaient-elles disparaître et la cohue revenir? Cela faisait partie du risque et des menaces verbalisées par les opposants. De là l’idée d’une période d’essai de plusieurs mois pour tenter le diable pour voir s’il allait revenir.

On le répète: une seule période de neuf mois s’avère une durée trop courte pour changer la réglementation de façon permanente. Pour en être bien sûr, il en faut au moins une autre de neuf mois, et peut-être une troisième, pour bien mesurer l’ampleur du changement dans les comportements des clients... et des tenanciers de bars.

La Ville de Gatineau a annoncé qu’il y aura maintenant une analyse de la situation et qu’en juin prochain, le conseil statuera sur le maintien d’une fermeture à 2 h, ou si le Vieux-Hull doit s’aligner avec le reste du Québec et imposer le départ de ses clients à 3 h.

Entre temps, ironie du sort, les bars fermeront à 2 h. Ça s’appelle jouer au yoyo, et ce n’est jamais trop bon pour les bars, qui sont des entreprises à peu près comme les autres.