Gaétan Barrette

Barrette devrait écouter le Pontiac

ÉDITORIAL / L’Outaouais est trop souvent mal desservi sur le plan de la santé. La région se sent bien loin du gouvernement à Québec et sent bien l’incapacité de ses cinq députés à faire progresser les choses après 14 années de pouvoir presqu’ininterrompu. Il ne faut pas se surprendre que des citoyens prennent alors leur destin en main et tentent à leur manière de résoudre les problèmes de leur communauté. C’est ce que fait le groupe Santé Outaouais 2020 et le trio qui a piloté le rapport « La réforme Barrette et ses effets dans le Pontiac ».

L’évaluation indépendante livre un bilan sévère et somme toute assez négatif de ce que le ministre de la Santé Gaétan Barrette a tenté de faire depuis trois ans au Québec, en se basant sur la seule expérience dans le Pontiac.

Pas étonnant que le ministre ne l’ait pas accueilli chaleureusement. Cette réforme est l’une des principales motivations pour lesquelles ce médecin spécialiste s’est lancé en politique ; il voulait faire une différence et les libéraux de Philippe Couillard lui ont ouvert la porte. Il s’y est lancé avec toute la subtilité que l’on devine de lui maintenant, après trois années de vie publique tumultueuse. La semaine dernière, La Presse publiait d’ailleurs une enquête dévastatrice sur ses méthodes « quasi dictatoriales », aux yeux de Louis Godin, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. 

Le portrait dressé par Gilbert Langelier, Paul-Émile Leblanc et l’ex-maire de Hull Michel Légère témoigne d’une diminution générale de la qualité et de la rapidité des services à la population du Pontiac, déjà l’une des plus défavorisées du Québec. 

Les anglophones, qui représentent la moitié de la population de cette région de l’ouest du Québec, sont particulièrement affectés lorsqu’ils sont dirigés vers le CISSSO à Gatineau, où tout l’accueil se fait en français — un dossier qui devrait intéresser la Regional Association of West Quebecers. Au nom de l’efficience et de la centralisation, les cadres du Pontiac ont été mutés à Gatineau ou carrément remerciés. 

Le document souligne malgré tout des avancées : de meilleurs services pour les jeunes et les aînés, de nouveaux services d’hémodialyse, un meilleur dépistage des maladies transmises sexuellement et plus de personnel soignant, à défaut d’administrateurs. 

Avec son nom en couverture, le ministre Barrette est carrément visé. Il ne fallait pas s’attendre qu’il dise merci. Surtout pas avec son tempérament. Au mieux a-t-il dit qu’il « en prenait acte ». 

À ses yeux, l’étude n’a pas la valeur d’un rapport indépendant qu’auraient rédigé des spécialistes chevronnés comme ceux du ministère. Il a lancé une pointe à l’endroit de M. Légère. L’ex-maire jouit encore d’une grande crédibilité auprès de la population outaouaise et les témoignages qu’il a rapportés, avec ses coauteurs, devraient servir de matière à réflexion au ministre. 

Mais Gaétan Barrette veut-il même entendre parler des ratés que sa réforme du réseau de la santé a provoqués ? 

Dans le Pontiac, le réseau s’était développé de façon assez autonome en raison de son éloignement et de la cohésion communautaire qui y existe. 

Le système « fonctionnait bien », de l’aveu du Dr Thomas O’Neill, de l’hôpital de Shawville. En l’assujettissant subitement et aveuglément aux normes du reste d’un Québec qui marche au pas des diktats du ministre Gaétan Barrette, les Pontissois se sentent moins bien servis. Il faut les entendre et le ministre devrait commander son propre rapport pour évaluer la situation... et le rendre derechef public pour convaincre la population de la supériorité de sa méthode.