François Legault, premier ministre du Québec

Bâillon: la lune de miel bientôt finie?

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec commence à montrer des failles. Il leur faudra colmater ces brèches avant que s’ajoutent d’autres erreurs. L’étonnante lune de miel de la CAQ, qui se poursuit depuis son élection à l’automne 2018, risque bien de s’achever sur une baisse de popularité. Il n’en tient qu’au leader François Legault d’imprimer une nouvelle direction à ses troupes.

Pour le moment, rien de tout cela ne transparaît. Au contraire. Dans la nuit de vendredi à samedi, il a adopté le projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire, mettant fin aux commissions scolaires de langue française au Québec. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, les a transformées en simples « centres de services » qui seront vraisemblablement inféodés aux diktats du ministère de l’Éducation. C’est pourquoi il s’est fait accuser de ressembler à Gaétan Barrette, l’ex-ministre de la Santé sous les libéraux, qui a tout réformé le secteur de la santé en trois projets de loi.

Mais un amendement déposé très tardivement, en pleine nuit, alors que le gouvernement imposait le bâillon pour faire adopter son projet de loi précipitamment, voilà qui est un peu fort.

Le ministre a beau dire qu’il avait envoyé des signaux aux municipalités, elles ont à peu près toutes estimé qu’on les forçait à avaler une grosse gorgée qu’elles ne digèrent pas. Le nœud de cette histoire, c’est que les municipalités devront fournir aux centres de services des terrains gratuitement pour que le ministère y construise des écoles. Mais nous donnons aux villes deux ans pour qu’elles s’entendent avec le ministère ! Ça me semble un bon « deal » !, a dit le premier ministre Legault.

Il n’a toutefois pas pensé que le ministère de l’Éducation pourrait laisser traîner en longueur les négociations, étant assuré qu’au bout du compte, il aura la main haute sur le terrain convoité.

Ce n’est pas vrai non plus que l’octroi de terrains pour des établissements scolaires mènera nécessairement à une plus grande richesse foncière. Cela vaut dans les nouveaux quartiers, où de nouvelles populations seront intéressées par l’attrait d’une nouvelle école, mais pas pour les secteurs déjà matures où il n’y a que bien peu de place pour de nouvelles maisons.

Certes, les villes n’ont peut-être pas été les meilleures partenaires du milieu de l’éducation. Mais elles ne méritaient pas d’être traitées si cavalièrement. Un meilleur climat peut, et doit prévaloir.

Comme dans la réforme du Programme de l’expérience québécoise, mal engagée par le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette, nous sommes ici devant une autre législation mal pensée, mal consultée, mal vendue. Mais si M. Jolin-Barrette a eu le message de M. Legault de retourner à sa planche à dessin, ce n’est pas le cas de M. Roberge. Il a plutôt été applaudi par le premier ministre.

Le co-leader de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, avait raison de dire que la CAQ considère les délibérations des parlementaires comme une perte de temps, voire un obstacle à son action gouvernementale. La CAQ a estimé qu’elle avait assez perdu de temps avec son projet de loi 40 et s’est servie du calendrier des élections scolaires, prévues à l’automne, pour forcer le règlement par bâillon. C’est malhabile de sa part.

Maintenant, la Coalition avenir Québec en paiera-t-elle le prix ? François Legault est certainement assuré que non. M. Roberge pavoise aussi. Ils risquent bien de changer d’idée dans quelques mois, quand l’opinion publique montrera que la lune de miel est terminée.