Vingt pour 100 de la population du Québec aura plus de 65 ans en 2020. Cette proportion grimpera à 25 % en 2030.

Avant d’acheter de la brique

ÉDITORIAL / Le chantier d’une génération n’est pas de lancer le Québec dans la construction de maisons des aînés pour gommer la réalité des CHSLD, comme le propose la Coalition avenir Québec (CAQ). Assurer de meilleurs soins à domicile répondrait mieux aux besoins et aux désirs des boomers vieillissants et contribuerait davantage à désengorger les urgences et les lits d’hôpitaux. Il est là, avant tout, le virage majeur que doit effectuer le Québec.

Les partis multiplient les annonces pour «faciliter la vie des Québécois». Vingt pour 100 de la population du Québec aura plus de 65 ans en 2020. Cette proportion grimpera à 25 % en 2030. Il presse plus que jamais d’adapter notre système de santé en conséquence et de déterminer comment doit se partager la facture des services à domicile et d’hébergement entre le gouvernement et les usagers. 

Le vieillissement de la population n’a pas seulement un impact sur le marché du travail et l’économie. Il mettra de plus en plus une pression sur le système de santé qui doit s’adapter et innover car il n’a pas été conçu pour répondre à cette grande cohorte de patients âgés.

Les formations politiques ne peuvent rester muettes sur ce thème ou se contenter d’ajouter quelques millions de dollars. Le ministère de la Santé et des Services sociaux s’est doté d’un plan stratégique 2015-2020, mais le Protecteur du citoyen dénonçait en 2017, pour une cinquième année consécutive, la lenteur du gouvernement à considérer comme une véritable priorité le soutien à domicile. 

Signe d’une absence de confiance, cinq associations d’aînés, de retraités et de préretraités réclament que le prochain gouvernement procède à la création d’un fonds protégé imputé aux soins à domicile, «afin de garantir que les sommes soient attribuées à chaque personne et que le financement se traduise en services aux patients». 

Seulement 3 % des personnes âgées et en perte d’autonomie se trouvent dans un état qui nécessite leur hébergement dans un centre de soins de longue durée. Certes, il faut améliorer les soins dispensés dans les CHSLD. Leur fournir du personnel qualifié et en nombre suffisant presse plus toutefois que de revoir l’architecture des bâtiments et d’acheter de la brique.

Il y a lieu également que le gouvernement s’assure que les services donnés dans les ressources intermédiaires — ces résidences privées rattachées à un établissement public et qui hébergent des milliers de personnes en perte d’autonomie allant de moyenne à sévère — soient également de qualité. Ces dernières années, le Protecteur du citoyen a dû intervenir à quelques endroits. Des résidences intermédiaires ont dû fermer. Le protecteur a remis en question la surveillance qu’exerce Québec sur ce type d’établissement.

En comblant mieux les besoins en amont, la nécessité de créer de nouvelles places coûteuses dans des centres d’hébergement ou des «maisons des aînés» devrait s’atténuer.

Le Québec consacre encore trop peu de fonds aux soins à domicile. Au Danemark, par exemple, 73 % du budget consacré aux personnes en perte d’autonomie est dirigé vers ce type de services. Au Québec, ce sont encore les hôpitaux et les CHSLD qui accaparent la majorité des fonds et du personnel. 

Le Québec ne pourra pas toujours faire l’économie d’un débat sur le financement et sur le partage des coûts. Est-il juste que la personne qui peut se permettre de payer plus de 2500 $ par mois dans une résidence privée d’aînés, voit sa facture d’hébergement réduite de plusieurs centaines de dollars le jour où elle est admise dans un CHSLD?